Edouard raconte bien Eddy.

Ouais, commencer ce blog avec ce livre, c’est pas une mauvaise idée.

Je l’ai acheté parce que, comme pas mal de gens, j’ai lu et entendu partout que c’était une petite merveille : au Grand Journal (où parait-il, ATTENTION SPOILER, on lit pas les bouquins, mais Augustin, qu’est-ce qu’il raconte bien, nan, vraiment on s’y croirait), sur l’App Store, en librairie… Partout. Et comme dirait le Perceval de Kaamelott, « c’est pas faux ». Pas que je ne comprenne pas le sens du mot « merveille », hein, rassurez-vous. Non, en fait, En finir avec Eddy Bellegueule, c’est la plus jolie chose qu’il m’ait été donné de lire en ce début d’année.

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Le pitch. (le premier qui ose une vanne briochée est directement reconduit sur carambar.com)

Eddy est un gosse, le cul entre deux chaises ou plutôt entre deux millénaires, fin 90, début 2000, dans un village de campagne en Picardie. Il s’appelle Eddy. Et puis Bellegueule aussi. Son monde, ou plutôt celui qu’on lui a refilé à la loterie de la naissance, se limite aux salaires de misères, aux bières à l’arrêt de car, à l’intolérance et à la plus violente des résignations. Un monde dont on parle peu, voire pas du tout, mais qu’on connait tous au fond, à moins d’avoir redessiné les frontières de la France autour du Marais.

D’abord Eddy raconte ce que fut son enfance, ou plutôt son enfance manquée, là-bas en Picardie. Comment, parce qu’il est efféminé, on lui fermera violemment toutes les portes au nez. Et puis très brièvement, comme pour imiter sa course, il évoque sa fuite, quand tous ses efforts d’intégration auront été épuisés, rongés comme des os. Et ça se termine, et ça te laisse un peu sonné.

Je suis particulièrement sensible à cette écriture, qui n’a été rendue possible que parce qu’il se souvient. Les dialogues, en italique, le langage si bien rapporté qui évoque quelque chose de familier, celui de ceux qui ne maitrisent pas les codes et qui repoussent tout ce qui sort un peu du lot, qui pourrait leur rappeler qui sont les véritables exclus. Edouard Louis parle de déterminisme (notamment lors de son passage à La Grande Librairie, dans son pull très bleu), et ça se sent, partout dans les pages, et c’est le plus effrayant, je crois.

« Car avant de m’insurger contre le monde de mon enfance, c’est le monde de mon enfance qui s’est insurgé contre moi. »

Mais En finir avec Eddy Bellegueule parle d’amour aussi. D’amour gauche, bien caché pour pas qu’on le voit, mais d’amour. Pour la mère, beaucoup, pour le père aussi. Et surtout, il n’accuse personne, excepté ce foutu déterminisme.

Edouard Louis, En finir avec Eddy Bellegueule, Seuil. 

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3 réflexions sur “Edouard raconte bien Eddy.

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