Ariane et Solal

Des classiques, j’en ai lu pas mal (ô vous, années de lettres, je ne vous remercierai jamais assez) et comme partout, il y a du bon et du mauvais. Je suis farouchement opposée à toute forme de sacralisation de la littérature dite haûûûûte – comme si tout ce qui s’écrivait maintenant n’avait aucune chance de rivaliser ne serait-ce qu’avec la liste de courses d’Hugo. Mais il faut reconnaitre que certaines oeuvres ne sont pas entrées à la postérité pour rien, qu’elles traversent le temps et qu’elles nous remuent les tripes comme si elles avaient été écrites spécialement pour nous.

Belle du Seigneur n’est pas si vieux : 1968. Et pourtant… Classique. Masterpiece. Découvert l’année dernière seulement en ce qui me concerne. Comment vous dire que sur vingt, je lui mets douze mille…

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Sur fond de montée du nazisme, à Genève, Ariane d’Auble s’ennuie dans un triste mariage avec son petit bourgeois, Adrien Deume, qui travaille à la société des Nations. Fantasque et fière de sa lignée aristocratique, Ariane sait qu’elle veut autre chose, et cet autre chose, Solal le juif, le supérieur de son mari, Solal le magnifique pourra le lui offrir. Au gré de leurs escapades interdites en France, les deux amants s’aimeront passionnément, et s’attacheront à sauver à tous prix le sublime de leurs débuts… Au prix même de leur amour.

Pourquoi est-ce que Belle du Seigneur est un roman sublime et pourquoi, surtout, pourquoi devriez-vous le lire ?

Argument 1 : il fait 1109 pages, cool, non ? (EH VOUS CASSEZ PAS, REVENEZ !)

Plus sérieusement. Belle du Seigneur est une anti histoire d’amour absolument géniale. Comment, parce qu’ils n’auront de cesse de vouloir paraitre aux yeux de l’autre, les amants se perdront-ils dans un ridicule sans nom et dans le plus profond des désespoirs ? Tout l’enjeu du bouquin est là. Ca ne ressemble à rien de ce que j’ai pu lire en termes de romance. Et cette écriture, seigneur… (sans mauvais jeu de mot) Albert Cohen retranscrit les récits de chaque personnage en adaptant son écriture à chaque fois : étrange et à peine compréhensible quand Ariane délire dans son bain, impérieuse et glaciale quand Solal parle de son amour-mépris pour les femmes, pathétique et obséquieuse quand Adrien parle de son petit travail et de ses petites fréquentations…

Je vous laisse juger par vous-même :

 » Dehors, universelle, une inlassable pluie disait leur malheur. Enfermés dans la souricière d’amour, condamnés aux travaux d’amour à perpétuité, ils étaient couchés l’un près de l’autre, beaux, tendres aimants et sans but. Sans but. »

Belle du Seigneur a été adapté au cinéma l’année dernière, avec le pas dégueu Jonathan Rhys Meyers et la non moins crade Natalia Vodianova. Mais j’avoue que je n’ai pas pu aller jusqu’au bout. Aussi parce que je crois que l’écriture manquait, et que dans ce cas présent, c’est une perte immense. La bande-annonce, ceci dit, je ne suis pas si mauvaise :

Albert Cohen, Belle du Seigneur, Folio. 

Belle du Seigneur, de Glenio Bonder, avec Jonathan Rhys Meyers et Natalia Vodianova. 

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16 réflexions sur “Ariane et Solal

  1. Tu aurais peut-être pu me convaincre si à la fac je n’avais pas eu des amis étudiants en lettres modernes qui ont tellement souffert (mais quand je dis souffert…toute leur promo était au bord du gouffre ^^) avec ce roman qu’ils m’ont traumatisée par osmose 😀 !

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  2. Tu arriverai presque à me convaincre x). J’ai vu le film pourtant pour me décider à ouvrir le roman, mais même si j’ai bien aimé l’adaptation, cela n’a pas suffit (comme quoi la belle gueule de J.R. Meyers n’est pas une baguette magique).

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  3. (je me suis que commenter un article sur un classique, après celui sur les tricératops vedette de X ce serait une bonne mesure)

    Mais malheureusement je dois dire que j’ai absolument détesté ce bouquin. J’ai dû m’y reprendre à quatre fois, et j’ai cru mourir quand je suis arrivée à la fin. Je voulais claquer tous les personnages, l’écriture, etc. C’est quand même étonnant de voir à quel point un livre peut avoir des avis si diamétralement opposés (je veux dire bonjour mrs obvious, mais voilà).

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  4. Ooh moi aussi j’ai aimé ce livre et plus encore « Solal » du même auteur of course (moins épais, que je conseille tjs à ceux qui aimeraient bien lire Belle du seigneur mais sont trop effrayé par son volume et ce qu’ils en ont entendu 🙂 )

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  5. Je vais peut-être être un peu dure mais les histoires d’amour, ça me saoule un peu … Ceci dit pour le plaisir d’un beau texte pourquoi pas … Merci pour cette belle chronique !

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