Emmanuel et les autres douleurs

J’ai décidé de vous saper un peu le moral en ce beau samedi-ensoleillé-veille-de-match (ALLEZ RENNES). Mais pour la bonne cause, vous me connaissez, je ne suis jamais gratuite. (ou alors rien qu’un peu)

J’ai découvert Emmanuel Carrère lors de ma deuxième année de Lettres, dans le cadre d’un cours sur les récits non fictionnels et c’est après avoir lu D’autres vies que la mienne que je suis tombée amoureuse de ses autres pépites. Rien que le titre : une merveille.

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D’autres vies que la mienne raconte, en deux parties, deux histoire distinctes. Deux histoires vraies intolérables : celle de la mort d’une fillette lors du tsunami de 2004 et d’une mère de jeunes enfants atteinte d’un cancer. Elles s’appellent toutes les deux Juliette, Emmanuel Carrère a été témoin, de près ou de loin de leur deux disparitions, de l’enfer vécu par leur proches. Ce récit est enfin une jolie réflexion sur le rôle de l’auteur, qui s’efface pour donner la parole aux autres vies.

Forcément, la lecture est éprouvante (si la question est : as-tu chialé ? oui j’ai chialé). Mais l’écriture est belle, simple et délicate : rien de trop journalistique, pourtant on ne sombre jamais dans le pathétique ou la larme facile. Le plus intéressant étant ce que ce livre nous dit de l’écrivain : d’abord renfermé sur lui-même, en prise avec des démons issus d’anciens travaux (lisez L’Adversaire – un type qui a fait croire pendant dix-huit ans a tout le monde, famille compris, qu’il était médecin alors qu’il passait ses journées sur des aires d’autoroutes à ne rien faire – totalement dingue et absolument véridique) il va découvrir que son essence même, c’est les autres. Lui qui sait écrire va pouvoir raconter, essayer de saisir l’indicible, l’horreur, l’atroce et aussi l’intime des souvenirs, le courage de ceux qui restent.

Les deux partie sont bien distinctes, bien que liées par le parallélisme des prénoms, et relatent des réalités cachées : le chaos général après le passage du tsunami au Sri-Lanka d’un côté, la vie d’une juge de tribunal d’instance de l’autre.

Je vous recommande plus que vivement D’autres vies que la mienne (d’accord, si vous êtes dans un bon mood). Et peut-être aussi l’étrange Classe de neige, un roman cette fois, dont je parlerai inévitablement ici sous peu.

 

Emmanuel Carrère, D’autres vies que la mienne, Folio.  

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