Momo et l’indicible.

Cette année, c’est le centenaire de Romain Gary. Soyez sûr que si on demande à une centaine de personnes quel livre a changé leur vie, on retombera plus d’une fois sur l’une de ses oeuvres, je pense surtout à La promesse de l’aube. Conscience professionnelle oblige, et parce qu’il était temps de combler un manque important dans ma culture littéraire (hùhù), j’ai décidé de profiter de l’événement pour découvrir l’auteur, non pas avec La promesse de l’aube mais avec La vie devant soi, roman sur lequel on crache pas non plus.

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Momo est un gosse. Tout ce qu’il sait de lui-même c’est qu’il est arabe et qu’il a environ dix ans (« il n’est pas daté » comme il dit). Il vit à Paris, dans un appartement du quartier de Belleville avec la vieille Madame Rosa, une juive rescapée d’Auschwitz qui élève tous les enfants que les prostituées veulent bien lui confier. Momo est son préféré, celui qui l’aime d’un amour inconditionnel, en dépit de la laideur, de la maladie, et qui lui offrira la mort qu’elle a toujours souhaité, à l’abri des hôpitaux, dans son « trou juif ».

Quelle belle surprise. D’abord, parce que c’est Momo qui raconte et que le gosse parle une langue bien à lui, vivante, une langue de gosse qui reprend innocemment les préjugés pour mieux les tourner en ridicule, une langue drôle et absolument poétique. Je n’ai pas cessé de m’arrêter toutes les cinq lignes parce qu’une phrase m’interpellait, me faisait sourire, réfléchir ou juste rêver… Evidemment on en oublie qu’il y a un auteur derrière (Romain Gary aka Emile Ajar DISPARICHEUN) tellement le personnage prend toute la place. (et ça c’est fort)

« Les gens tiennent à la vie plus qu’à n’importe quoi, c’est même marrant quand on pense à toutes les belles choses qu’il y a dans le monde. »

Et dans cette langue, Momo parle des logements insalubres, de la prostitution, du regard des « Français » sur les immigrés, du traumatisme des camps de la mort, de la maladie, de la sénilité sans pathos. L’histoire vaut pour sa société des années 70 comme pour la nôtre, et le thème comme l’écriture n’ont pas vieilli d’un poil.

Bon et puis j’ai carrément été touchée par ce duo improbable (déjà y’a une mamie malade et les mamies malades ça fait pleurer, si si). Le gosse est terriblement conscient de la laideur, de la maladie de Madame Rosa mais il ne l’en aime que d’autant plus, jusqu’au bout.

Je ne peux que vous conseiller cette lecture (courte en plus) et en plus bonus, si vous aimez, le gaillard a écrit un tas d’autres trucs. Je vais pour ma part m’atteler très prochainement à La promesse de l’aube, en plus il a été réédité pour le centenaire dans une version poche juste canon ici et même dans une version illustrée par le très cool Joann Sfar ici.

Romain Gary (Emile Ajar), La vie devant soi, Folio. 

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10 réflexions sur “Momo et l’indicible.

  1. Je n’avais jamais lu de chronique qui me donne tant envie de le lire 🙂
    Il est noté chez moi en tout cas, mais je voulais lire un autre livre de l’auteur que j’ai chez moi avant, ça s’appelle Gros-câlin si je ne dis pas de bêtises (le titre est suspect quand même).

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  2. Ben voilà j’allais pleins de bonnes résolutions en librairie pour le trouver, je repère la table réservée à Gary avec TOUS ses bouquins en douze milles éditions SAUF La vie devant soi.
    C’est un complot je ne vois que ça.

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  3. Ah Romain Gary! Ça fait un bail qu’il traine dans ma liste « à lire absolument » ><. Je serai plus tentée par La promesse de l'aube par contre parce que les enfants toussa, ça coince en ce moment xD.

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