Victoria Station

Je suis tombée un peu par hasard sur Le système Victoria au gré de mes pérégrinations (c’est pas facile à répéter très vite « pérégrinations ») chez les bouquinistes. La couverture et le résumé m’ayant interpellés, je me suis lancée. Récit d’une lecture complexe :

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David Kolski est directeur de travaux sur un gros chantier à la Défense et empêtré dans un mariage certes paisible, mais dénué de toute passion depuis des années lorsqu’il fait la rencontre de Victoria, sublime DRH monde d’une grande multinationale. Il ose l’aborder, elle se laisser séduire et, dans des hôtels de luxe entre Londres et Paris, ils vont vivre une relation aussi torride qu’obsessionnelle. (L’ADULTERE C’EST MAL) Mais voilà, au début du livre, on sait qu’il est arrivé quelque chose… puisque Victoria est morte.

Dans un premier temps, j’ai eu énormément de mal à me mettre dans cette lecture. L’écriture est stylisée, pleine d’emphase, à tel point que j’en avais un peu la nausée (d’autant que la prose qui me bouleverse est précisément la plus épurée, directe et brutale). Mais cette écriture, elle prend vite sens au fil des pages, quand on apprend à cerner le narrateur qui est aussi le personnage principal, David : un homme qui se décrit lui-même comme sensible à l’extrême, idéaliste, féministe, à la sexualité essentiellement cérébrale. Je me suis laissée doucement aller à cette écriture de l’introspection, aux monologues intérieurs d’un personnage que j’ai pourtant détesté du début à la fin. En un mot le style peut heurter, mais étant cohérent, on s’y fait – et il n’est pas dénué d’esthétisme.

Le système Victoria est évidemment une histoire d’érotisme, tantôt subtile, tantôt crue, entre une femme de pouvoir, établie dans un libéralisme séduisant et un idéaliste de gauche, prêt à remettre en cause sa belle moralité pour des parties de jambes en l’air hallucinantes. L’auteur utilise des procédés intelligents et qui ajoutent à la sensualité de ces passages, tels que les extraits de journal intime que Victoria livre à son amant. Mais là où ça devient intéressant, c’est lorsque fatalement, leurs mondes respectifs viennent contaminer ces pauses, à savoir une haute sphère que lui ne pourra jamais atteindre et un stress professionnel lié aux exigences des promoteurs immobiliers qu’elle ne saura jamais comprendre. La gauche fragile contre la droite assumée, le petit salaire contre les stock-options… David a beau être fasciné, il sent que ça se rétracte un peu dans son pantalon. (ndlr : loser, va)

Le gros point fort de cette histoire est bien entendu le personnage féminin : Victoria, femme d’affaire puissante, indépendante, adultère et décomplexée. Et ce fameux système annoncé par le titre dont David va peu à peu comprendre les mécanismes au gré de leur rencontres les mènera aux frontières de leurs désirs respectifs, qui frôlent souvent la névrose.

Eric Reinhardt, Le système Victoria, Folio.

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