Ma rentrée littéraire !

Petit post bonus un peu spécial aujourd’hui pour vous parler de l’opération Coup de coeur des lecteurs de Decitre et Entréelivre. J’ai eu la chance d’être sélectionnée pour chroniquer dix petite pépites de la rentrée littéraire 2014 ! Voilà le doss :

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Rien que de l’inconnu pour moi, mais même pas peur, j’me la joue Indiana Jones de la bibliothèque et jusqu’en Septembre, je lirai et chroniquerai pour vous tous ces romans sur EntréeLivre et sur le bleurg. En attendant voici la sélection et tous les résumés, n’hésitez pas à me dire si certains avis vous intéressent tout particulièrement, je tâcherai de m’atteler aux lectures qui vous tentent en priorité !

1. Constellation D’Adrien Bosc chez Stock : Le 27 octobre 1949, le nouvel avion d’Air France, le Constellation, lancé par l’extravagant M. Howard Hughes, accueille trente-sept passagers. Le 28 octobre, l’avion ne répond plus à la tour de contrôle. Il a disparu en descendant sur l’île Santa Maria, dans l’archipel des Açores. Aucun survivant. La question que pose Adrien Bosc dans cet ambitieux premier roman n’est pas tant comment, mais pourquoi ? Quel est l’enchaînement d’infimes causalités qui, mises bout à bout, ont précipité l’avion vers le mont Redondo ? Quel est le hasard objectif, notion chère aux surréalistes, qui rend « nécessaire » ce tombeau d’acier ? Et qui sont les passagers ? Si l’on connaît Marcel Cerdan, l’amant boxeur d’Édith Piaf, si l’on se souvient de cette musicienne prodige que fut Ginette Neveu, dont une partie du violon sera retrouvée des années après, l’auteur lie les destins entre eux. « Entendre les morts, écrire leur légende minuscule et offrir à quarantehuit hommes et femmes, comme autant de constellations, vie et récit. »

2. Les mots qu’on ne me dit pas de Véronique Poulain chez Stock : « “ Salut, bande d’enculés ! ” C’est comme ça que je salue mes parents quand je rentre à la maison. Mes copains me croient jamais quand je leur dis qu’ils sont sourds. Je vais leur prouver que je dis vrai. “ Salut, bande d’enculés ! ” Et ma mère vient m’embrasser tendrement. » Sans tabou, avec un humour corrosif, elle raconte. Son père, sourd-muet. Sa mère, sourde-muette. L’oncle Guy, sourd lui aussi, comme un pot. Le quotidien. Les sorties. Les vacances. Le sexe. D’un écartèlement entre deux mondes, elle fait une richesse. De ce qui aurait pu être un drame, une comédie. D’une famille différente, un livre pas comme les autres.

3. Madame Diogène d’Aurélien Delsaux chez Albin Michel (celui-là je l’ai déjà lu et je vous le sers très bientôt sur un plateau) : Madame Diogène ne vit pas dans un tonneau mais dans un appartement transformé en terrier. Elle y a accumulé au fil du temps des tombereaux d’immondices dont les remugles ont alerté les voisins. Elle n’en a cure, elle règne sur son domaine, observe le monde de sa fenêtre, en guette l’effondrement et le chaos. Elle sait qu’autre chose se prépare. Plongée vertigineuse dans la folie, analyse minutieuse de la solitude radicale, ce premier roman d’Aurélien Delsaux explore avec une force et une maîtrise étonnantes un territoire aussi hallucinant qu’insoupçonné.

4. Un monde flamboyant de Siri Hustvedt chez Actes Sud : Après sa disparition, une artiste plasticienne, Harriet Burden (dite “Harry”), méconnue de son vivant, fait l’objet d’une “enquête” menée par un professeur d’esthétique auprès de tous ceux qui, de près ou de loin, l’ont côtoyée de son vivant. Cet envoûtant thriller intellectuel qui a pour théâtre les milieux de l’art redistribue avec brio les thèmes chers à Siri Hustvedt dans son œuvre de fiction comme dans ses essais, et constitue une inoubliable plongée dans les arcanes de la création comme de l’âme humaine, explorées ici par une romancière sans conteste au sommet de son art.

5. Mon année Salinger de Joanna Smith Rakoff chez Albin Michel : A la fin des années 90, Joanna, qui vient de terminer ses études de lettres, s’installe à New York où elle a trouvé un poste d’assistante dans une grande agence littéraire. Chaque jour, elle quitte l’appartement minuscule et délabré qu’elle occupe à Brooklyn avec son petit-ami, Don, aspirant écrivain ténébreux et neurasthénique, pour se rendre en métro sur Madison avenue et retrouver l’antique dictaphone et la machine à écrire qui trônent encore sur son bureau. Mais aussi et surtout sa boss, une femme de tête fantasque et charismatique qui semble n’avoir d’autre préoccupation qu’un mystérieux Jerry… Hommage à la ville de New York, des cafés bohèmes de Brooklyn aux terrasses et aux lofts du Lower East Side, Mon année Salinger est aussi un récit d’apprentissage subtil, émouvant et drôle : la trajectoire littéraire et sentimentale d’une jeune femme et sa rencontre avec Salinger.

6. Orphelins de Dieu de Marc Biancarelli chez Actes Sud : Résolue à venger son frère, à qui une barbare fratrie de canailles sans foi ni loi a tranché la langue sans oublier de le défigurer, Vénérande, jeune paysanne au cœur aride, s’adjoint les services de l’Infernu, tueur à gages réputé pour sa sauvagerie. Ensemble, ils s’embarquent à travers les montagnes corses du XIXe siècle dans une bouleversante et sanguinaire épopée peuplée d’hommes sans dieu et condamnés par la misère à ne vivre que dans le chaos des armes.

7. Le règne du vivant d’Alice Ferney chez Actes Sud : Aiguillonné par la curiosité, et très vite porté par l’admiration, un journaliste norvégien s’embarque sur l’Arrowhead avec une poignée de militants s’opposant activement à la pêche illégale en zone protégée. À leur tête, Magnus Wallace, figure héroïque et charismatique qui lutte avec des moyens dérisoires – mais un redoutable sens de la communication – contre le pillage organisé des richesses de la mer et le massacre de la faune. Retraçant les étapes de cette insurrection singulière, témoignant des discours et des valeurs qui la fondent, Alice Ferney s’empare d’un sujet aussi urgent qu’universel pour célébrer la beauté souveraine du monde marin et les vertus de l’engagement. Alors que l’homme étend sur les océans son emprise prédatrice,Le Règne du vivant questionne le devenir de “cette Terre que nous empruntons à nos enfants” et rend hommage à la dissidence nécessaire, face au cynisme organisé.

8. Retour à Little Wing de Nickolas Butler chez Autrement : Hank, Lee, Kip et Ronny ont grandi à Little Wing, bourgade agricole au coeur du Wisconsin. Arrivés à l’âge adulte, ils ont tous pris des chemins différents. Hank s’est marié avec Beth, son amour de jeunesse, et a choisi de rester cultiver les terres familiales. Kip, trader dans les matières premières, a fait fortune à Chicago. Ronny, ancien champion de rodéo, n’est plus tout à fait lui-même depuis qu’il a été terrassé par un AVC. Lee, le musicien de la bande, est devenu une star du rock indépendant. Tous quatre, où qu’ils se trouvent, restent profondément attachés à Little Wing et sa communauté – ville fictive magnifiquement évoquée – qui représentent leur seul et unique point d’ancrage. Dix ans plus tard, l’heure des retrouvailles – mais aussi des constats – a sonné. Ces quatre personnages hauts en couleur, tous plus attachants les uns que les autres, prennent la parole à tour de rôle pour partager, avec humour et tendresse, leurs espoirs et leurs doutes à ce moment clef de leur vie.

9. Excelsior d’Oliver Py chez Actes Sud : Réveillé au cœur de la nuit, un architecte s’enfonce en courant dans la ville endormie, traverse les quartiers résidentiels puis commerçants, atteint des espaces en déshérence, sans savoir ce qu’il cherche, sinon un cloître immatériel où trouver l’apaisement. Renommé et comblé d’honneurs, il ne croit plus à la puissance de ses constructions, est écrasé par la vacuité de son œuvre et abhorre les liens qu’entretient la culture avec l’argent, la politique et le pouvoir. Où rencontrer l’Absolu ? En huit étapes d’une crise lancinante, il lui faut traverser les cercles du désespoir, affronter les visages de l’illusion, mettre à l’épreuve les masques qui l’attirent et connaître les renoncements qui l’illuminent. Excelsior : le très haut, le plus haut. Paradoxe d’un roman en quête d’une spiritualité sans dogme. Car Olivier Py ne convoque nul Dieu, n’invoque nul Éros, mais accompagne l’homme dans une douloureuse et intransigeante mise à nu de la vie intérieure.
Roman aux limites de la méditation, poétique de l’attente et de la révélation, ce texte altier n’a pas d’autre sujet que l’humain, le désir de transcendance et la nécessité de la beauté, dont l’Art scarifie en nous la fugitive et bouleversante expérience.

10. Les Ongles de Mikhaïl Elizarov chez Serge Safran : Bakatov et Gloucester grandissent dans un orphelinat pour enfants handicapés. Le premier a le crâne difforme, le second est bossu. Moqueries, insultes, humiliations sont leur lot quotidien. On leur permet malgré tout, un jour, d’entrer dans la vie active. Bakatov devient plombier, Gloucester pianiste, il a la bosse de la musique, un vrai Mozart ! Or, Bakatov, depuis son enfance, se laisse pousser les ongles, les ronge et, avec force incantations secrètes, manifeste d’étranges pouvoirs… Sous l’influence de Limonov ou Sorokine, Elizarov offre une évocation picaresque et hallucinée du monde né de la dé-soviétisation. Les vingt-quatre étapes de ce parcours initiatique lâchent les deux gamins dans les soubassements d’une mégalopole livrée au règne de la grande débrouille. Splendeur de l’écriture, richesse métaphorique constante, justesse assassine des notations, tout dans ce bref et magistral premier roman tient le lecteur en haleine jusqu’à la dernière ligne. Une des poétisations les plus originales, captivantes et sombres de la Russie de la « transition » entre périodes soviétique et actuelle.

 

 

 

 

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