La vieille et les ordures

J’inaugure mes chroniques #rentréelittéraire avec Madame Diogène d’Aurélien Delsaux, premier roman court de 144 pages, avalé en une soirée. Dans la pile des dix bouquins, c’est celui qui m’a d’abord interpellé : une histoire de petite vieille qui traine dans les ordures, avouez que c’est pas commun.

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Madame Diogène ne porte en vérité pas ce nom, c’est une petite vieille anonyme qui a fait de son appartement un gigantesque amas de détritus, sa tanière, son home sweet home, ultime rempart face au monde extérieur qui ne la comprend plus et qu’elle ne désire plus comprendre. Mais voilà, ce soir, les voisins l’ont prévenue : on va venir la déloger et fini les insectes, la puanteur et la cabane-poubelle.

Pourquoi Diogène ? Parce que Syndrome de Diogène. (et non pas la jarre de l’aut’ vieux grec, même si y’a de l’idée) Je me suis un peu renseignée (God save Wikipedia) et il s’agit d’un trouble compulsif visant à accumuler tout un tas d’objets et de déchets hétéroclites, ce qui conduit à un mode de vie tout à fait insalubre. Ce syndrome est souvent lié à une profonde solitude et à un âge avancé.

Ce qui m’a d’abord frappé (et ô combien plu) c’est l’écriture extrêmement visuelle. Aurélien Delsaux a fondé sa compagnie de théâtre (j’avais misé sur le ciné au début, mais ça marche aussi) et ça se sent dans le style. La tanière nauséabonde de notre petite vieille est passée au microscope : insectes, résidus de nourritures, vieilles photos, sacs plastiques, excréments… L’auteur ne nous épargne pas une miette du « matelas » d’ordures sur lequel elle évolue, si bien qu’on voit, qu’on entend et qu’on sent en même temps qu’elle (ce n’est pas toujours une expérience très facile mais je m’en suis sortie, rassurez-vous).

Madame Diogène raconte surtout l’histoire de la solitude la plus extrême, une histoire livrée comme ça, sans fioritures, l’histoire d’une vieille femme qui a cessé de coudre, de regarder la télévision, de trier ses photos et de faire le ménage pour basculer dans un chaos insensé mais étrangement plus confortable. Et d’ailleurs on se demande, avec elle, en observant les gens « normaux », s’ils ne sont pas tous un peu dingues. Forcément, j’ai trouvé cette bribe de vie extrêmement touchante, parce que les vieux qui disparaissent à force d’être seuls, à force de ne plus êtres vus, c’est vrai partout, dans les cabanes de déchets et dans les appartements javellisés.

Très jolie découverte.

 

Aurélien Delsaux, Madame Diogène, Albin Michel.

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4 réflexions sur “La vieille et les ordures

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