Scruchon, taou et coucoula.

Je suis très premier roman. Evidemment, je n’ignore pas qu’il doit y avoir des daubes internationales dans le lot (par exemple le premier roman d’Eve Angeli – s’il existe et ça m’étonnerait même pas – je ne suis pas préssée de le lire), mais souvent, les premiers romans ont ce je-ne-sais-quoi de frais, d’inattendu. En guise d’exemple, j’aimerais vous servir ma deuxième découverte de la rentrée littéraire : Les mots qu’on ne me dit pas de Véronique Poulain.

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(Au passage photo non contractuelle : il s’agit d’une épreuve, le vrai est bleu et bien plus joli).

Véronique raconte comment c’est, de grandir avec des parents sourds quand soi-même, on entend bien. Les scènes de la vie quotidienne s’enchainent et on entre dans l’intimité d’un foyer avec tout ce que ça a de surprenant, de cruel, de touchant, de drôle aussi.

Les mots qu’on ne me dit pas est mon coup de coeur perso de la sélection (pour le moment, certes, mais pour longtemps aussi) et si je peux contribuer à mon échelle de mouche à le faire sortir du lot des grosses machines de la rentrée littéraire cette année, ce sera mission accomplie. Pourquoi est-ce que j’ai été séduite ? D’abord parce que j’ai appris un tas de trucs. (Et me coucher moins con, c’est ma passion.) Il y a des difficultés relatives à la surdité qui nous paraissent évidentes mais il existe aussi tout un tas de problèmes, de difficultés au quotidien auxquelles je n’avais jamais pensé : comment attirer l’attention de nos parents s’ils ne nous entendent pas ? Comment faire la grasse mat’ quand ils se lèvent tôt et fond un bordel pas possible puisqu’ils ne s’entendent pas non plus ? Comment, enfin, vivre dans le silence, quand on est fait pour parler ? Et puis il y a les jolies choses : « Comme les indiens, les sourds attribuent à chacun un nom, un signe identitaire, qui le suit toute sa vie. »

Et toutes ces choses, elle les livre comme ça, brutalement, sans détour et avec beaucoup, beaucoup d’humour. Mention spéciale à la scène de la gamine qui allume et éteint la lumière pour attirer l’attention de sa mère ! (Apprendre des choses : check. Se marrer : check.) Le bouquin est un amoncellement de tranches de vie : de l’enfant, de ses parents, de ses grands-parents… Un peu comme des scénettes qu’on peut lire à suivre, ou dans le désordre. Et entre ces parcelles de vie, tout plein d’espace sur la page, comme pour mimer le silence dont il est question. Tour à tour, elle le hait, elle le protège comme une lionne ou elle trouve en lui le réconfort nécessaire et elle nous l’apprend surtout, de la plus jolie façon qui soit.

Je conseille un milliard de fois. Minimum.

Véronique Poulain, Les mots qu’on ne me dit pas, Stock. 

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