Homeboy

Quand je fouine du côté des 10/18, c’est rarement par hasard. En général, c’est précisément pour trouver le type de bouquins qui va suivre. Séduite par la couverture sublime, puis par le pitch, j’ai investi dans Liberté sans condition de Seth Morgan sans trop flipper, sans trop savoir non plus à quel point j’allais tomber amoureuse.

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Joe, dit l’Aboyeur, oscille entre le camé et le rabatteur pour club de strip-tease ‘multitâches’ sur une avenue étouffée de néons de San Francisco. Il va tomber pour une banale histoire de vol, mêlé malgré lui aux petites combines meurtrières du patron de la pègre locale. La prison devient sa nouvelle maison, et comme à l’extérieur, Joe apprend à composer avec les gangs, les gardiens et l’absurdité totale de son existence pendant qu’à l’extérieur, on a d’autres plans pour lui…

La seule raison pour laquelle je ne l’ai pas avalé en deux heures, c’est qu’il fait quand même un peu plus de 700 pages épaisseur bible. Mais mon dieu, cette claque. De pans de vie délabrés, d’existences merdiques, Seth Morgan a fait une œuvre qui retourne les tripes. On a affaire à des personnages qu’on n’appelle même plus par leur nom mais par leur pseudo, comme si leur existence nocturne, la prostitution, la violence et la drogue, les façonnait tout à fait : Baby Bijou, L’Aboyeur, Lily, Cliquette… Liberté sans condition est à la fois hyper réaliste (âme sensible s’abstenir même si je ne recommande à personne de s’abstenir), cru et violent dans le propos et la forme mais aussi totalement surréaliste : la folie qui règne en prison, l’usine à corps dans la rue, la drogue qui abolie la douleur pour un instant… Les deux se mêlent pour créer cette chose hybride que j’aime appeler un petit bijou.

En décrivant la petite survie de Joe dans le ventre infernal que constitue la prison, l’auteur en profite pour pointer toute l’horreur et surtout le délire total de l’institution pénitencière américaine. Outre certains arrangements avec la mafia locale, rien ne nous est épargné : conditions de détention, crises sanitaires, violence, sexe avec consentement en option… Mais il y a aussi des moments de grâce, furtifs, d’une poésie incroyable. Et c’est là qu’on en arrive à l’écriture et à la traduction. Je cite son nom, Aude Pasquier, parce que son travail est excellent (notamment tout l’effort d’index de termes de la culture américaine et de la thuglife !). L’écriture à elle seule vaut la peine d’ouvrir ce bouquin, vous y trouverez des choses terribles et sublimes.

« C’étaient les animaux et les enfants qui étaient le plus habiles à détecter son parfum, le musc inodore du mal. »

 

Seth Morgan, Liberté sans condition, Editions 10-18.

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12 réflexions sur “Homeboy

  1. Il est dans la PAL depuis un long moment, celui-ci ! Comme toi, j’ai craqué sur la couverture et sur le titre aussi… Ta chronique me donne vraiment envie de la commencer sur le champs ! ♥

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  2. Excellente chronique! La couverture m’avait interpellée (j’adore toutes les couvertures 10/18) et puis j’ai eu peur que ce soit une lecture un peu trop dure mais ta chronique parvient à me convaincre de me laisser tenter malgré tout, un grand merci 😉

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