Bis

Il y a des couvertures qui sautent aux yeux en librairie. Les filles qui courent ou attendent le métro sur les bouquins de Marc Levy, bof. Mais les couvertures de ce genre, là en dessous, sont plus mémorables. C’est donc d’abord ce qui m’a attirée quand j’ai acheté Il est de retour de Timur Vermes l’année dernière. Et puis j’ai lu le pitch complètement dingue et j’ai cédé… Faible que je suis.

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Adolf Hitler s’éveille sur un terrain vague en plein Berlin… de nos jours. Il ignore par quel prodige, mais c’est un fait, il est bien vivant. Dans la rue, on le prend aussitôt pour un acteur satirique au pouvoir mimétique saisissant et les médias s’intéressent vite à lui. Bien qu’il ne comprenne pas grand chose à cette nouvelle Allemagne, Hitler compte bien se servir de l’intérêt qu’on lui porte pour retrouver le pouvoir.

Le concept est aussi simple que génial et ce roman à double tranchant m’a vraiment plu. D’abord, il y a la face drôle. Le dictateur se réveille dans une époque et un contexte social qui n’ont absolument rien à voir avec l’Allemagne qu’il a quittée en 1945. Le personnage, très, très premier degré, est sans cesse confronté à des personnes qui le prennent pour un comique talentueux, et chacune de ses phrases est interprétée avec dérision quand lui est pourtant très sérieux lorsqu’il parle de reconquête et de nation allemande. L’auteur manie avec beaucoup talent le double sens et les dialogues qui fonctionnent en dépit des personnages qui ne parlent absolument pas de la même chose. Bien sûr, toutes les premières découvertes du personnages sont elles aussi très drôles et ce n’est pas dans tous les livres qu’on tombera sur Adolf Hitler utilisant le verbe « googleiser ».

Et puis il y a l’autre face, plus satirique. Parce que par le décalage et la thématique, Timur Vermes se place dans une posture que Chaplin n’aurait sûrement pas reniée. Dans ce roman, Hitler est vite repéré par une chaine de télévision tant pour sa ressemblance physique avec… lui-même que pour ce qu’on considère comme ses discours satiriques. Bien évidemment, il n’est pas question de faire du second degré pour lui, mais personne ne s’en rend compte et il remporte rapidement un grand succès dans les médias et auprès de l’ensemble de la classe politique. L’auteur s’est particulièrement attaché à montrer comment les nouveaux médias peuvent vite être instrumentalisés : milliers de vues sur Youtube, articles dans les journaux à scandale… Ce qui ne devait être qu’un vaste blague n’en est plus une.

Le décalage est drôle, les réflexions personnelles racistes, misogynes et la froideur du protagoniste le sont moins. Tout comme l’effet saisissant de ses discours sur les foules, pourtant instruites de l’histoire de leur pays. C’est la force de ce bouquin à mon sens, qui est parfaitement résumée à la page 306 (ouais, ouais, la précision c’est la vie) :

« Et après elle a commencé à pleurer et elle a dit que ce n’était pas drôle du tout ce que vous faisiez, que ça ne faisait rire personne. Qu’un type comme vous ne pouvait pas se promener comme ça dans la nature. Alors je lui ai dit que tout ça c’était une satire. Que vous faisiez ça pour que ça n’arrive plus. Pour elle, ce n’était pas une satire. Elle a dit que vous disiez exactement ce que disait Hitler à son époque. Et que les gens à l’époque, ils avaient ri aussi. »

Une lecture que je vous conseille, qui prouve encore une fois que l’humour bien utilisé vise juste.

 

Timur Vermes, Il est de retour, Belfond. 

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8 réflexions sur “Bis

  1. Je ne suis pas tout à fait d’accord avec toi. Le côté double tranchant est bien construit, mais on en a tellement vite fait le tour, que les 350 pages qui restent ne sont que répétition. Et je n’ai pas trouvé ça drôle, amusant une fois ou deux tout au plus :/

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