Kisifrøtsipik

Il y a quelques semaines j’ai eu la chance de remporter le concours du blog Bric-a-book organisé avec Le livre de poche avec L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea (ça c’est du titre) de Romain Puértolas à la clé ! J’étais particulièrement contente parce que ce bouquin me faisait de l’oeil à la médiathèque depuis des lustres.

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(Vous noterez les couleurs, disons… caractéristiques du géant des meubles Kidegluck et autres noms imprononçables)

Ajatashatru Lavash Patel est un fakir un brin roublard qui a réussi à se payer un billet d’avion pour la France en embobinant les habitants de son village. Sa destination : le premier Ikea à proximité, où il compte acheter le nouveau lit à clou dont il a besoin. Le fakir décide qu’il passera la nuit dans l’immense magasin de meubles (où les lits ne manquent pas) avant de rentrer chez lui le lendemain. Pour se cacher des employés après la fermeture, il décide de se planquer dans une armoire. Problème : l’armoire en question est destinée à être exportée vers le Royaume-Uni. Commence alors pour Ajatashatru un périple incroyable à travers l’Europe et le Moyen-Orient où il côtoiera le pire comme le meilleur.

Ce qui m’a d’abord plu c’est le côté follement absurde de l’entreprise de ce type puis des situations dans lesquelles il se retrouve ensuite malgré lui. Balloté dans une armoire Ikea, dans une valise Vuitton, dans une montgolfière, le fakir voyage de pays en pays et maitrise rarement les événements. Il y a un côté « rocambolesque » (oh comme il est joli ce mot) assumé dans ce livre et peu importe la crédibilité des aventures du personnage puisque l’univers se prête à la fantaisie. Un univers où les personnages sont de véritables clichés ambulants tels que notre fakir et ses amis Indiens Pakmaan et Rhibbasmati ou encore le chauffeur de taxi gitan qui écoute en Gipsy Kings. Le grotesque sert bien souvent un discours autrement plus profond et ici, l’auteur se sert des clichés pour mieux s’en moquer et pointer les a priori.

Derrière la fable et les aventures du protagoniste, c’est d’une thématique bien moins drôle et tristement d’actualité dont le roman traite, à savoir le sort des clandestins qui tentent leur chance pour l’Europe au péril de leur vie et la situation terrible de la Libye postkadhafiste. Au gré de ses rencontres, le fakir va regretter la vanité de son existence et à coup d’électrochocs, trouver un sens à sa vie au cours d’une discussion au fond d’un camion de marchandise. Le choix de la fable et de l’absurde évite de tomber dans le trop facile ou le larmoyant et c’est ce que j’ai aimé.

L’écriture est elle aussi atypique, entre jeux de mots (parfois lourdingues à dessein) et procédés de répétition particulièrement bien vus et s’adapte à merveille au propos et à l’ambiance juste dingue de L’extraordinaire voyage du fakir qui… vous connaissez la suite !

Il y a beaucoup de chaleur dans ce roman, aussi je le recommande en ce long week-end un brin tristounet.

Nauta benêt : les habitués d’Ikea noteront avec plaisir toutes les réflexions qu’on s’est déjà faites du style « C’est quand même hyper chiant de devoir suivre ces *$$*u%* de flèches et de se taper toutes le salles de bain et les cuisines et les chambres d’enfant, tout ça pour finir aux caisses avec deux pauvres bougies et un crayon en bois gratuit. »

Romain Puértolas, L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, Livre de Poche. 

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4 réflexions sur “Kisifrøtsipik

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