« Il a deux trous rouges au côté droit. »

Il y a quelques années, j’ai pris une claque avec Une Education libertine, premier roman de Jean-Baptiste Del Amo, mélange étrange de roman d’apprentissage classique et d’écriture trash et sensuelle. Et puis j’ai un peu oublié l’auteur, jusqu’à ce que je tombe récemment sur Pornographia en librairie. Sans même prendre la peine de lire quoi que ce soit de la quatrième de couverture, je l’ai rapporté dans ma tanière.

Un homme erre dans les rues de La Havane, à la recherche du souvenir d’une nuit avec un jeune prostitué, et se vautre dans la sexualité morbide de la cité à laquelle il semble lié viscéralement.

Le résumé est très court, le roman l’est aussi et se compose surtout de tableaux de la ville, de portraits de jeunes prostitués. Le propos de l’horreur du tourisme sexuel m’a laissée un peu dubitative. L’auteur reste fidèle à ses premières amours, le sexe intrinsèquement lié à la mort, mais j’ai trouvé le récit un peu vain.

Après, ce n’est pas ce qui m’a intéressé dans ce roman, puisque je pourrais lire du néant pourvu que la plume de Del Amo soit là. En trois pages, le type t’a dressé une ville que tu peux voir, entendre, toucher et sentir. Forcément, l’expérience est peu agréable (moiteur, stupre et maladie au rendez-vous) mais c’est un tel tour de force que je reste à chaque fois sur le cul. Tout comme je pouvais « ressentir » le Paris crade et la Seine hypnotique d’Une éducation libertine, j’ai « ressenti » cette ville cadavérique qui est indéniablement le personnage principal du bouquin. L’écriture ne se destine même plus à ton cerveau, mais bien à tes sens.

Il est tellement rare, je trouve, de tomber aujourd’hui sur un roman et de se dire que le style ne ressemble à rien de ce que tu as pu lire avant… J’applaudis la prouesse formelle dans Pornographia, mais le manque de densité de la diégèse m’a quand même empêché d’apprécier réellement ce roman. Si vous voulez vous essayer à l’expérience sensitive, je vous conseille personnellement plutôt le premier roman de ce génie sombre.

 

Jean-Baptiste Del Amo, Pornographia, Folio. 

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12 réflexions sur “« Il a deux trous rouges au côté droit. »

  1. Merci pour la découverte, je ne connaissais pas du tout cet auteur et tu m’intrigues! J’aime les expériences de lecture qui changent de la norme, mais je pense commencer par « Une éducation libertine » dont tu sembles penser qu’il est meilleur!

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  2. Pingback: Tag des copine (6) | aliehobbies

  3. Je trouve cela bien qu’un livre sorte du lot grâce à une prouesse littéraire dont soit le style, soit la façon dont tout est raconté retranscrive si bien une ambiance. Je parlerai d’ailleurs mercredi prochain d’un roman lu il y a longtemps mais qui est singulier.

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