Au coeur de la vague

Réparer les vivants de Maylis de Kerangal est enfin sorti en format poche chez Folio. J’avais entendu énormément de bien de ce roman qui, en plus, a été couronné de prix l’année dernière. Alors forcément, je me suis jetée dessus sans attendre. Et en effet, les récompenses n’ont pas été volées.

Après une session de surf intense à l’aube, Christophe, Johan et Simon rentrent chez eux en van. Mais accablé par la fatigue et engourdi par le froid, Chris relâche son attention et l’accident est inévitable. A l’hôpital, au service de réanimation, les médecins sont formels : le seul qui ne s’en sortira pas est Simon. Mais son coeur peut encore réparer un autre vivant et autour de lui gravitent la douleur des parents comme l’espoir.

J’attendais beaucoup de cette lecture et je ne suis vraiment pas déçue. Ce qui frappe, d’abord, c’est le style très particulier de l’auteure : beaucoup de virgules, très peu de points, des phrases à rallonge et une syntaxe inventive de sorte qu’on se sent immédiatement submergés, comme pris dans la vague qui ne cesse de hanter le récit. Ca m’a d’abord heurtée et puis au fur et à mesure que les pages se tournent, on se dit que cette histoire n’aurait pas pu être écrite autrement.

Il y a la mort terrible, injuste et brutale d’un jeune garçon qui provoque l’hébétude totale des parents, l’incapacité à accepter que ce corps qui respire encore grâce aux machines n’est plus. Le temps semble totalement aboli et puis tout à coup, tout bascule, tout s’accélère dans une véritable course contre la montre exigée par la transplantation cardiaque. C’est ce que j’ai trouvé extrêmement fort : la brutalité mais aussi la nécessité de prendre des dispositions alors même que le deuil n’a pas commencé. Le roman évoque avec beaucoup de délicatesse les questions relatives à la transplantation telles que la peur de la famille que l’être soit dénaturé par exemple.

Et l’élément qui est traité avec le plus de justesse à mon sens, c’est bien le coeur de Simon, qui pour les différentes personnes qui l’entourent, revêt un nombre infini de significations : le siège ultime de l’amour pour sa famille et sa petite-amie, un objet délicat pour le médecin qui a promis de prendre soin du corps, un espoir étrange, enfin, pour la femme qui le recevra.

Un très beau roman donc, où le soin du détail permet à l’émotion de faire son chemin.

 

Maylis de Kerangal, Réparer les vivants, Folio.

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