« J’ai rien fait, j’ai regardé. »

Mon exploration #RentréeLittéraire2015 continue et aujourd’hui, les enfants, on s’attaque à un premier roman, ma passion (du moins quand ils sont bons). La petite barbare d’Astrid Manfredi a un titre qui claque et qui résonne, et j’espère qu’on l’entendra fort au beau milieu de la jungle de cette rentrée.

(Par contre, je vous jure, je commence à ressentir la crise de manque du papier.)

La petite barbare est Aphrodite au pays des banlieusards. Avec son gang, ils se vengent du hasard qui les a jetés dans une cité sans horizon en se vautrant dans la violence, la pornographie, la drogue et les plaisirs faciles. A présent qu’elle a vingt ans et qu’elle croupit dans une prison, la petite barbare se souvient de tout ce qui l’a menée là et à l’aube de sa libération, invente son futur.

Et bam. Ce roman justifie à lui seul mon amour immodéré pour les p’tits premiers. A la première personne, celle qu’on ne connaîtra que sous le nom de La petite barbare nous raconte depuis sa cage l’ennui de la cité, les nuits violentes sous acides sur les Champs, le fric facile et les rêves en toc. Elle est une héroïne tragique, d’une jeunesse et d’une beauté sauvage à couper le souffle, qui sait manipuler les vices des hommes au sujet desquels elle n’a plus aucune illusion. A travers elle, l’auteure nous parle d’un tas de laissés-pour-compte, ceux qu’on parque dans des cités où la violence ou l’apathie sont les seules échappatoires, les femmes qu’on enchaîne, tous ceux qui refusent de se plier au modèle de la classe moyenne.

Impossible de résister à cette petite barbare, qu’elle nous fascine, nous terrifie, nous dégoûte ou nous émeuve. Ce n’est ni une déesse, ni un monstre qu’on nous raconte, mais un peu des deux (quoi de plus normal, quand on parle de l’humain) et la fille qui approuve Nabilla s’éprend aussi d’une passion folle pour l’Amant de Duras en prison.

Ce récit sombre et fort est porté par un style dont je suis tombée toute de suite amoureuse tant chaque phrase est envoyée comme un bon direct du droit (ou du gauche, ne stigmatisons personne). J’ai eu l’impression d’avoir quatorze ans à nouveau et de découvrir Baise-moi. Mais il y a une poésie folle dans ce roman, qui me manque aujourd’hui quand j’ouvre un nouveau Despentes. C’est une auteure que je compte suivre et j’espère que ce roman aura le succès qu’il mérite, histoire de bousculer un peu la rentrée.

« Je lancerai contre leurs murs de pisse mon cri de cheyenne sans tribu. »

Chronique disponible sur le site Decitre !

Astrid Manfredi, La petite barbare, Belfond. 

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