Le poison de la rue

J’espère que votre rentrée s’est bien passée, que vous ayez retrouvé la machine à café, les bancs de la fac ou les parties de Pog’s sous le préau (ouh la ringarde). Sur le blog, on poursuit notre voyage au pays des licornes des ouvrages de la rentrée littéraire avec le très jaune et Du temps où j’étais mac d’Iceberg Slim.

Du temps où j’étais mac regroupe les textes inédits de Robert Beck, dit Iceberg Slim, ancien mac, figure importante de la littérature afro-américaine dans les années 70 et connu pour sa trilogie du ghetto. Ces bribes de récits autobiographiques oscillent entre souvenirs de vie crapuleuse dans la rue et dénonciation de la condition de la population afro-américaine dans une société profondément raciste.

Je ne connaissais pas du tout Robert Beck (ou Iceberg Slim, son pseudo) avant de me plonger dans cet ouvrage mais les initiés auront sans doute entendu parler de sa trilogie du ghetto et surtout de Pimp, mémoires d’un maquereau.

Ces petits morceaux de vie se lisent vraiment comme un roman. Proxénète repenti, Iceberg Slim parle avant tout de la condition des afro-américains dans la société américaine des années 40 à 70, une société qui ne laisse pas d’autres choix que celui du « poison de la rue » (Une expression si forte qui jalonne l’ensemble de ses textes). Avec un style percutant, à la fois brutal et poétique, Iceberg Slim évoque ses souvenirs de prostitution, la haine des femmes et les règlements de compte sordides qui le mèneront finalement en prison, où les droits de l’homme sont une utopie. Et puis avec l’écriture vient la rédemption, et c’est la société américaine qui est décryptée, une société de ghettos de pauvres et de riches, de blancs et de noirs, avec la lueur des défenseurs des droits civiques…

J’ai été très touchée par ce récit, par l’analyse incroyablement précise des mécanismes qui régissaient, et qui régissent toujours malheureusement dans une certaine mesure, les rapports entre les communautés aux Etats-Unis. Et puis la figure d’Iceberg Slim est assez fascinante et aussi très ambigüe : bien que « rangé des voitures » et reconnu pour la force de son oeuvre littéraire, son passé refait sans cesse surface et il suscite une certaine défiance chez ses pairs et défenseurs de la cause afro-américaine, état de fait qu’il admet avec beaucoup de sincérité.

Je regrette simplement de ne pas avoir lu la trilogie avant de me lancer dans ces textes, (mais tant pis, je ferai les choses à l’envers, j’ai l’habitude), car j’ai eu du mal à me représenter le climat de l’époque et à vraiment m’emparer du texte, surtout au début.

Je vous conseille donc, et m’auto-conseille aussi de lire Iceberg Slim, dans l’ordre ou dans le désordre, pour la force du témoignage et le style coup-de-poing.

 

Chronique disponible sur le site Decitre !

 

Iceberg Slim, Du temps où j’étais mac, Belfond, à paraître le 17 septembre 2015.

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3 réflexions sur “Le poison de la rue

  1. Tu as attisé ma curiosité (une fois n’est pas coutume hein) avec ce personnage Iceberg Slim qui me rappelle dans un autre genre le repenti dealer de drogue de ces mêmes années Jon Roberts dans « American Desperado » (que je te conseille au passage). Je note donc !

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