Nikuss

Ce soir, mes licornes, je vais vous parler d’un petit roman que j’ai apprivoisé comme une bête sauvage et qui me l’a bien rendu. Il s’agit de Kuessipan de Naomi Fontaine, que j’ai choisi de découvrir chez les éditions du Serpent à Plumes (un grand merci !).

Kuessipan et son auteure nous emmènent au cœur d’une réserve indienne au Québec, où le temps semble s’être figé. Sous forme de tableaux, c’est son enfance, la difficile condition des femmes, le chemin tout tracé des hommes et la force d’une identité pour laquelle il faut se battre qu’elle nous conte.

Kuessipan fait partie de ces pièces hybrides que j’affectionne tout particulièrement, inclassable, au carrefour du roman, de l’autobiographie et de la poésie. En lisant la quatrième de couv’, je m’attendais à un récit autrement plus traditionnel qui ouvrirait ma petite personne à une culture que je ne connaissais pas du tout. Et je suis tombée sur un texte qui m’a d’emblée paru opaque, voire totalement impénétrable. Alors j’ai refermé mon bouquin. Ensuite, je me suis débarrassée de mes petits a priori sur ma nouvelle lecture et… Retour à la case départ. Je vous disais plus haut que j’ai apprivoisé ce roman et c’est la stricte vérité. On lit les mots qui ont été soigneusement choisis, et tout doucement, on se laisse emporter par ces tableaux de la vie de la réserve, par ces bribes de souvenirs et c’est là qu’on s’imprègne de la culture qu’on n’aurait pas aussi bien saisie autrement.

La narration est carrément exceptionnelle puisqu’on ne nous raconte pas, on nous montre. J’ai adoré ces moments où la narratrice pointe le décor, part du principe qu’on est là, avec elle, qu’on voit tout, et qu’on attend simplement qu’elle nous explique ce qu’il y a sous nos yeux. C’est d’une originalité, d’une poésie folles et surtout un lien très spécial se crée entre le texte et le lecteur, de l’ordre de l’intime.

Avec une grande délicatesse, Naomi Fontaine parle de la beauté d’un peuple, de ses traditions, de son identité mais aussi d’une réalité autrement plus cruelle, celle de l’alcool, des filles enceintes trop jeunes, avec, comme une lueur d’espoir, un ailleurs et la transmission d’une culture à l’enfant, qui se confond souvent au fil des pages avec nous.

Un premier roman qui se lit et se relit et se conserve comme un trésor.

 

Naomi Fontaine, Kuessipan, Le Serpent à Plumes. 

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