Calypso

Le mois dernier, La Musardine a réédité un classique de la littérature contemporaine érotique, La femme de papier de Françoise Rey, avec un bonus de taille, puisqu’il s’agit d’une version illustrée par Alex Varenne. J’avais déjà envie de le lire depuis un moment, disons qu’il ne manquait plus que ça pour me faire définitivement craquer. Un grand merci aux éditions de La Musardine pour cette découverte.

Suite au constat amer de sa liaison qui s’essouffle, une femme décide de coucher sur le papier ses fantasmes les plus intimes pour les offrir à son amant. A mi-chemin entre a chair et l’imaginaire, elle s’engage dans une relation de plus en plus passionnée, au sein de laquelle une seule règle subsiste, celle de ne jamais s’avouer qu’on s’aime.

Que de choses à dire sur ce roman d’un peu moins de trois cent pages. Chaque chapitre est dédié à un fantasme que notre héroïne transmet à son amant, et au fil des pages, les aveux se font de moins en moins sages, tout comme les illustrations accompagnant le récit. Le format est aussi flou qu’original, et il est souvent difficile de démêler la réalité du rêve, mais quoi de plus normal lorsqu’on parle de fantasme… Elle le dit elle-même, elle est une femme de papier et les significations sont plurielles : de l’invention pure à l’écriture à même la peau. La préface et l’interview de l’auteure présentes dans cette édition nous permettent d’en savoir plus sur ce roman très personnel, mais il reste pour moi très ambigü : c’est une femme éblouie par un mâle sublimé et fantasmé qu’on nous présente, dans une posture qu’on pourrait décrire comme servile et en même temps… J’ai trouvé que ce journal de bord féminin avait un aspect très libérateur. Françoise Rey nous laisse dans le flou, encore. Ce qui n’est pas pour me déplaire.

Le style est vraiment riche, mais je recommande tout de même aux fervents défenseurs de la suggestion de passer leur tour, puisque l’auteure n’hésite pas à utiliser le vocabulaire franc et direct de la pornographie sans toutefois se départir de métaphores filées assez géniales. Clin d’oeil à la cuisine, à l’art de la guerre et autres joyeusetés au programme ! La femme de papier se nourrit de plusieurs figures, réelles ou légendaires à la portée érotique certaine et il n’est pas rare de voir se dessiner l’ombre du Marquis dans les épisodes les plus… étranges. Et en même temps (on n’est plus à une contradiction prêt avec ce livre), une forme de pudeur est conservée jusqu’au bout. Exposition des corps, secret des coeurs, un grand classique certes, mais magistralement mis en scène ici.

Le projet de La Musardine va vraiment à contre-courant de beaucoup de publications érotiques actuelles en ce moment avec cette inauguration de sa collection Erotiques contemporains et le moins que l’on puisse dire c’est que l’objet est soigné, avec des illustrations qui accompagnent le texte à merveille. Voyez vous-mêmes.

Indispensable dans la bibliothèque rose (indice : ce n’est pas celle des petits.)

 

Françoise Rey, La femme de papier, La Musardine.

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3 réflexions sur “Calypso

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