« Un homme se mesure en une nuit. »

Fin 2015, je vous parlais d’un coup de foudre absolu, d’une histoire et d’une oeuvre d’art à la fois, de celles qui abolissent le temps et l’espace. Panthère de Brecht Evens m’a fait tant de choses que j’ai hésité longuement avant de tenter un nouveau roman graphique de l’auteur. Bah ouais, la peur d’être déçue, toussatoussa. Mais comme le répète souvent mon pote Hérodote autour d’une bonne raclette, “mieux vaut subir la moitié des maux auxquels on s’attend que de rester dans l’apathie par crainte de ce qui pourrait advenir.”.

Les Noceurs, donc, ou l’histoire hallucinante et hallucinée de fêtards qui gravitent autour d’un type ou plutôt d’une légende, Robbie, le roi de la nuit, celui que les hommes imitent et que les femmes espèrent… L’homme en bleu.

Tout commence avec un certain Gert, silhouette grise et floue, qui a organisé une petite fête chez lui. Si les invités ont tous répondu à l’appel, c’est bien parce qu’ils savent que Robbie va venir. Mais voilà que la star se fait attendre, qu’on finit par comprendre qu’elle ne viendra pas finalement… Ah, bon, ben rentrons chez nous… Ou bien allons voir à quoi ressemble ce fameux Robbie, au coeur d’une nuit hypnotique dont il est le seigneur suprême.

Une fois encore, j’ai été joliment piégée. D’abord, par ces couleurs, par cette technique incroyable et ces dessins et ses fresques qui s’affranchissent de toutes les normes. Dieu Scott Lynch seul sait  à quel point je suis une bille en matière d’art contemporain, mais avec ce que Brecht Evens fait, il se passe immanquablement un truc en moi. J’ai passé un temps fou sur chaque page, à dénicher les visages, les motifs récurrents (hein, le chat), les illusions d’optique et autres tours de force…

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Ce roman graphique nous plonge au coeur de la fête, de l’ivresse, dans tout ce qu’elle a de plus fou, de plus jouissif, de plus mélancolique aussi. (Je pense notamment au personnage de Gert, qui incarne à lui seul la solitude, le laissé-pour-compte. Y’a qu’à voir ce monochrome, terrible, au coeur de l’explosion de couleurs…) Les dialogues absurdes et les oreilles de chat côtoient l’humour et le réalisme cru : les débuts de soirée tiédasses, le gris après les couleurs éclatantes d’une nuit d’amour… Et puis on ne perd jamais de vue la figure du séducteur, qui semble chère à l’auteur, ce Robbie, qui est le seul qu’on reconnait vraiment dans cette orgie de couleurs et de silhouettes.

Comme avec Panthère, on ne comprend pas tout, on se laisse porter, et c’est tant mieux. C’est moins une histoire qu’un voyage que nous propose Brecht Evens. Celui-ci ne m’aura pas retourné les tripes comme le précédent, mais j’ai suivi ces noceurs jusqu’au bout, comme hypnotisée. A voir et à lire, toujours.

Brecht Evens, Les Noceurs, Actes Sud BD 

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