Tau un jour…

Aujourd’hui, j’ai envie de faire une énième offrande sur l’autel de la procrastination et repousser mon mémoire au profit du dernier bouquin de Robert Charles Wilson, Les Affinités. Outre sa couverture absolument sublime, vous en conviendrez, j’ai craqué pour cette idée de bouleversement des rapports sociaux à l’échelle internationale, idée ambitieuse au regard du format relativement court. Qu’en ai-je pensé ? Vous le saurez… Et bien tout de suite, ça se saurait si j’avais la puissance de frappe de Game of Thrones point de vue teasing.

Adam Fisk a quitté le cocon familial oppressant et réac’ pour s’installer à Toronto et suivre des études de graphisme que sa grand-mère, l’un des rares piliers de son existence, a accepté de financer. Mais globalement peu satisfait de la vie qu’il mène, Adam décide de s’inscrire à un programme expérimental imaginé par le chercheur Meir Klein. A partir d’un ensemble de tests complexes, le scientifique a déterminé vingt-deux groupes, appelées Affinités, auxquels les individus peuvent se rattacher. Adam découvre qu’il est un Tau, et qu’il fait donc partie de l’une des Affinités les plus influentes à ce jour. Lorsque sa grand-mère meure et qu’il se voit contraint d’abandonner ses études, c’est au coeur d’une nouvelle famille qu’il va être accueilli. Parmi les Taus, ces individus distincts mais liés par un profond sentiment d’appartenance et de solidarité, Adam renait et accède à tout ce qui lui manquait : relations sexuelles et amoureuses satisfaisantes, argent, travail, sécurité… Peu à peu, le modèle des Affinités s’étend au reste du monde, bouleversant profondément les relations sociales humaines. Mais ces groupes d’intérêt commun qui gagnent en puissance posent deux ou trois questions que Meir Klein avaient peut-être déjà anticipées…

C’est le premier Robert C. Wilson que je tente. Je le connaissais de nom, comme d’autres, pour sa saga Spin, qui m’attend déjà au milieu de tous ces livres que j’aime entasser et que je lirai bientôt. (No judging, vous êtes pareils, je le sais.) En amatrice de SF humaniste, je me suis dit que Les Affinités serait une bonne porte d’entrée sur l’oeuvre de l’auteur et je dois dire que je n’ai pas été déçue.

Dans un style et une ambiance qui confinent franchement à la littérature générale, on suit donc un type un peu paumé, qui en dépit de son bon coup de crayon ne semble pas passionné non plus par les études qu’il a entrepris et surtout franchement insatisfait par le vide intersidéral de sa vie sociale. C’est d’abord avec un certain détachement qu’il paye pour postuler à ce nouveau programme d’affinités, qu’il envisage comme un vague club de rencontres qui pourrait éventuellement lui permettre de se faire deux ou trois potes. Et puis Adam rejoint sa tranche (le groupe Tau local), et là, c’est la révélation avec un grand R puisque dès la première soirée, il est évident qu’il est à sa place et que tous ces gens sont capables de se comprendre comme s’ils ne formaient qu’un seul être. L’auteur décrit merveilleusement bien tous les mécanismes sociaux qui régissent ces nouveaux groupes, inspirés par les réseaux sociaux d’intérêt commun qu’on connait bien. Adam est vite emporté dans ce qui est à la fois un petit cocon bienveillant et un tourbillon d’opportunités en tous genres rendues possibles par le système de coopération accru entre les individus.

Le concept est absolument passionnant, d’autant que plus le nouveau modèle des Affinités s’élargit, plus certaines zones d’ombres et de conflits commencent à paraitre. Dès lors, le roman bascule presque dans le thriller et pose surtout tout un tas de questions sur le futur de ces communautés a priori idylliques et de ses laissés-pour-compte, des questions que le personnage d’Adam symbolise à merveille. Si j’avais un petit point négatif à décerner (quelle emmerdeuse), ce serait peut-être que le conflit Inde-Pakistan qui est évoqué de temps à autre aurait gagné à être étoffé pour avoir un réel intérêt ou à être totalement écarté. Mais cet entre-deux… Bof.

Je terminerai par l’écriture qui m’a totalement séduite. Chapeau aussi au traducteur, Gilles Goulet ! Je l’ai trouvée chaleureuse, pleine de vraisemblance et pendant toute ma lecture, j’ai eu le sentiment que chaque mot était soigneusement choisi pour faire passer au mieux toutes ces idées.

Une très belle découverte en somme, un projet ambitieux, qui questionne notre rapport à l’autre, à ce qu’on cherche en lui et en nous, à ce qu’on est prêt à faire pour nos semblables et les nouvelles formes de discrimination qu’on est prêt à inventer.

 

Robert Charles Wilson, Les Affinités, Denoël (Lunes d’encre). 

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2 réflexions sur “Tau un jour…

  1. Hum ça a l’air prometteur =) Je le rajoute de suite à ma wishlist. Une question tout de même : est-ce que tu trouve que la fin est réussie ? Je trouve que ce genre de livres part souvent sur une très bonne idée puis finit un peu en pétard mouillé.

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    • Je ne peux qu’être d’accord, on est souvent déçu par des bouquins au pitch ambitieux dans le genre. Ici, je dirais que l’issue est moins importante que le propos finalement, et sans spoiler, que ce n’est pas un bouquin qui tient vraiment sur un dénouement précis, même si Wilson verse dans le thriller. 😉

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