Pierre l’ébouriffé

L’IRL offrant son lot d’imprévus, en ce moment je lis en masse, mais point de vue chroniques c’est le chaos. J’ai une liste de bouquins à vous reviewer longue comme la file d’attente pour le Space Mountain, et je vais vous servir tout ça dans le désordre parce que mes plus anciennes lectures ne sont même pas à portée. C’est juillet, azy, on peut se permettre d’être un peu plus random. Aujourd’hui, on va parle histoire, contes et homosexualité avec un roman qui a fait l’objet d’une réédition en juin chez La Musardine (que je remercie pour la découverte !), Lieutenant Darmancour d’Eric Jourdan.

Pierre Perrault est encore un tout jeune homme lorsqu’il fait honneur à son père, Charles, en donnant naissance avec lui aux fameux Contes de ma mère l’Oye. Mais l’enfant est pourvu d’une nature qui ne saurait être bridée, et lorsqu’il est conduit à la prison du Châtelet en 1697, c’est pour avoir mortellement blessé un charpentier dans des circonstances troubles. En dépit de nombreux protecteurs qui affectionnent tant cet être voluptueux si peu disposé à répondre aux exigences de la Cour, Pierre Perrault, pour fuir le scandale, n’a plus d’autre choix que celui d’épouser une carrière militaire et de devenir le Lieutenant Darmancour.

Je n’avais jamais entendu parler du fils de l’auteur du Petit Chaperon Rouge, encore moins de son esprit libre et de son goût pour la gent masculine, aussi ai-je eu très envie de découvrir ce roman. Pierre est un gamin atypique, d’une grande beauté, qu’on devine très tôt doté d’une sensibilité rare. Lui qui exècre les usages de la Cour, le fard et l’autorité connait ses premiers émois d’adolescent face à son propre reflet d’ange échevelé. Dès lors, il n’aura de cesse de rechercher l’amour physique et, plus tard, la communion des cœurs auprès de ses camarades masculins, jusqu’à l’affaire qui le conduira brièvement derrière les barreaux.

L’écriture, et le talent du conteur sont au cœur de cette histoire qui nous est alternativement racontée du point de vue du « je » et du « il », à grands renforts d’allers-retours dans le temps. C’est un type de narration que j’ai trouvé intéressant, au regard du contexte, mais j’avoue que ça a rendu ma lecture un peu hachée et que j’ai eu, du coup, du mal à réellement me plonger de bout en bout dans le récit.

Cela ne m’a pas empêchée d’être séduite par cette figure indomptable, qui joue avec son lecteur, et qui tente toujours d’échapper à la société corsetée qui l’a vu naître. Tout en sous-entendus et avec une finesse et une puissance érotique rare, l’auteur évoque ses amours masculines, du corps ou de l’esprit, à une époque où Monsieur, le frère du roi, est si libre à Versailles et où l’hypocrisie fait rage sur la question.

Eric Jourdan avait une plume incroyable, et Lieutenant Darmancour mérite d’être lu tant le style est délicat, fluide et les images intenses. Je retiendrai ce passage, par exemple, où il évoque la beauté singulière d’une femme vieillissante. « Elle jouait de son crépuscule comme d’autre du plein soleil de la jeunesse. » Cette lecture aura donc en plus eu le mérite de me faire découvrir cet auteur et son implication dans la littérature LGBT.

On ne saurait établir avec certitude la paternité du fils dans l’oeuvre du père, mais Lieutenant Darmancour est un très beau roman sur la jeunesse, la liberté et les amours tragiques qui viennent se fracasser contre l’absurdité guerrière.

 

Eric Jourdan, Lieutenant Darmancour, La Musardine.

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