Cease-fire

Ce qu’il y a de génial avec la rentrée, hormis les listes à rallonge de stylos, cahiers, agendas et autres joyeusetés (no judging, chacun ses passions de weirdo), c’est qu’au rayon bouquins, c’est l’effervescence. J’ai déjà noté plusieurs titres que vous verrez sûrement passer sur le blog d’ici peu, mais cet été, j’ai déjà eu la chance de découvrir les épreuves d’un roman qui m’intriguait tout particulièrement. La Trêve de Saïdeh Pakravan est sorti cette semaine chez Belfond. Je remercie l’éditeur pour cette jolie découverte qui inaugure ma #RL2016.

« Vive la trêve ! » hurle t-on partout aux quatre coins des Etats-Unis depuis plusieurs heures. On ignore quel prodige est à l’oeuvre dans le pays, mais les faits sont là : plus de crimes, plus d’accidents, plus d’agressions… La police est désoeuvrée, les hôpitaux sont déserts et les journaux télévisés n’ont plus rien à couvrir depuis minuit. Cette paix soudaine et inexplicable qui emplit la population de joie et d’espoir va t-elle durer ?

Vous comprendrez pourquoi j’ai eu tout particulièrement envie de découvrir ce roman. Aux frontières de la littérature blanche, du fantastique, du polar et de la science-fiction, sans jamais se cantonner à un genre, ce roman possède un pitch des plus alléchants. Loin d’adopter un schéma linéaire dans sa construction, il nous fait suivre le destin d’une foule d’anonymes au coeur de cette « trêve », qu’on retrouvera plus tard ou qui ne nous seront esquissés que l’espace d’un chapitre. Le premier s’ouvre à minuit, le dernier vingt-quatre heures et cinq minutes plus tard, jusqu’à une issue des plus incertaines.

Je n’ai jamais lu un roman pareil, et ce qui m’a frappée, en tout premier lieu, c’est ça, son originalité. Il y a cette trame mystérieuse, cette paix impossible, le pays en pause… Le hasard, les extra-terrestres, une bénédiction divine, tous ont un avis sur la question mais les faits n’en demeurent pas moins miraculeux. Au fil des minutes, des heures, l’auteure nous montre des hommes, des femmes, dans une situation qui pourrait déraper, qui devrait déraper… Et pourtant.

A travers ce récit étonnant, c’est surtout un portrait réaliste des Etats-Unis et même de l’ensemble de nos sociétés que dresse Saïdeh Pakravan. En quelques pages, dans un style percutant, parfois trash, sans compromis, poétique aussi, l’auteure parvient à créer des personnages vrais, à nous parler communautés, violence, fanatisme religieux, intolérance et préjugés de toutes sortes qui sont autant de sujets de sociétés aussi anciens que d’actualité. En évoquant ce que l’humanité recèle de plus sombre, ce qui a semble avoir été stoppé l’espace d’une respiration, ce roman pourrait porter un message bien noir. Personnellement, j’y ai vu, aussi, autre chose. La construction géniale de ce roman dont je ne vous révèlerai pas tout ici, ce serait dommage, nous souffle qu’il existe une autre voie. Avec beaucoup de finesse, et c’est tout l’intérêt de ce livre à la croisée des genres, Saïdeh Pakravan laisse la porte ouverte à un joli message d’espoir, sans jamais s’éloigner d’une riche compréhension du monde.

Voilà (au moins) un titre original vers lequel vous pourrez vous diriger au milieu de la foule de lignes qui ont encore été écrites cette année mes licornes.

 

Saïdeh Pakravan, La Trêve, Belfond

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