People in the photograph

Allez, je lance mon disque de The Horrors, et je m’y mets. (Oui, elle écoute des disques. Elle lit aussi des livres avec du papier dedans et elle pense souvent à Léon Blum avec nostalgie.) BREF. Après ce week-end de binge-reading, je peux enfin vous donner mon avis sur le premier tome de Miss Peregrine et les enfants particuliers, un bouquin qui ne renie pas non plus sa part de vintage. Un grand merci aux éditions Bayard pour cette découverte !

C’est toute l’enfance de Jacob Portman, notre héros, qui a été bercée par les récits fantastiques de son grand-père. Pour l’arracher aux griffes de l’enfer nazi, les parents de celui qui fut un petit garçon juif polonais l’envoyèrent sur une île du Pays de Galles, au coeur d’un orphelinat magique, peuplé d’enfants extraordinaires, là où les monstres effrayants ne pourraient jamais l’atteindre. Mais plus Jacob grandit, et plus il perd foi en ces récits fantasques supposés maquiller l’horreur de la guerre. Et puis une nuit, alors que le vieil homme est assassiné sous ses yeux et que Jacob discerne une ombre furtive et cauchemardesque, tout bascule. Sur le point de perdre pied, Jacob va finir par s’intéresser au mystérieux passé de son grand-père, en commençant par se rendre sur la fameuse île de ce pensionnat de contes de fée.

Pas étonnant que Tim Burton se soit penché sur cette histoire, tant elle est d’abord affaire d’ambiance inquiétante et fantastique. D’emblée, ce récit à la première personne nous plonge dans la tête de Jacob, un adolescent qui se souvient comme il aimait entendre les récits incroyables de son grand-père tout en contemplant de vieux clichés d’une époque révolue. Une petite fille qui lévite, un garçon invisible, un autre enfant en train de porter un rocher, et puis ces monstres dont on ne perçoit que l’ombre… Jacob a grandi, Jacob n’y croit plus, d’autant que son grand-père commence sérieusement à perdre la tête et à se noyer dans une paranoïa croissante. Mais la nuit où il est assassiné, Jacob est le seul à apercevoir la chose responsable du meurtre. Et alors c’est à son tour de craindre de devenir dingue. Mais aussi fou que cela puisse paraitre, et sur conseil de son psy, il va se pencher sur les dernières paroles énigmatiques de son grand-père et se rendre au Pays de Galles. Cette Miss Peregrine, la directrice du pensionnat, est probablement morte depuis longtemps, mais il doit essayer, histoire de se confronter à la réalité et perdre pour de bon ses illusions. Mais voilà, réalité, illusions sont des concepts complexes sur cette petite île isolée du reste du monde.

Il est difficile de ne pas être immergé à 200% dans l’atmosphère unique de ce roman, tant Ransom Riggs a apporté un soin particulier à documenter son récit fictif. De véritables clichés anciens (et potentiellement flippants) sont glissés ici et là. Images réelles, images truquées ? On doute en même temps que Jacob, jusqu’à ce que la vérité éclate, au-delà de toutes suppositions. Et puis on débarque sur cette île étrange, où le peu d’habitants vit au rythme des groupes électrogènes, où le seul moyen de communication est une vieille cabine téléphonique pour tout le village et dont la principale attraction se résume à une taverne peuplée de types patibulaires. L’enfer pour la quasi totalité de la population. Le paradis pour Jacob qui n’a qu’une obsession, retrouver ce vieil orphelinat.

Je n’irai pas plus loin question résumé, mais l’ensemble de l’intrigue repose sur un concept temporel que j’ai trouvé assez génial. On sent que ce premier tome est avant tout là pour poser un cadre, le coeur de l’action ne démarrant réellement qu’au dernier quart du roman. Ce n’est pas non plus comme si je m’étais ennuyée, au contraire, puisque j’ai été portée par cette ambiance mystérieuse et délicieusement flippante tout du long, mais les fanatiques de péripéties sur péripéties risquent peut-être de ne pas y trouver leur compte.

Alors bien sûr, il s’agit d’un roman jeunesse, mais j’ai trouvé le style de l’auteur plus affirmé que dans la plupart des ouvrages pour ados. Ses personnages aussi sont complexes, et à tout âge, peuvent assumer une part de noirceur. En ce sens, c’est une histoire qui se lit très bien, même lorsqu’on est une adulte responsable comme moi (le premier qui rit…).

Miss Peregrine et les enfants particuliers est encore une jolie preuve que l’imaginaire est incroyablement prompt à révéler l’indicible (Je ne peux m’empêcher de penser au sublime Labyrinthe de Pan). Jacob évoque au tout début du roman la possibilité que son grand-père ait inventé tout un univers pour pouvoir parler de l’horreur dont il a été témoin, à savoir la persécution des juifs par les nazis. L’ensemble de cette histoire en est une jolie métaphore, même si Jacob a peut-être tort de ne plus croire aux « contes de fée »…

Et en ce moment, si cette chronique vous a convaincus, vous pouvez tenter de gagner un exemplaire de ce premier tome aux couleurs du film ou un carnet Miss Peregrine juste là ! 

 

Ransom Riggs, Miss Peregrine et les enfants particuliers, Bayard Jeunesse.

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10 réflexions sur “People in the photograph

  1. Donc en gros, si j’ai bien tout saisi, tu as proposé un livre en concours que tu n’avais PAS encore lu ?! Eh ben heureusement que tu l’as aimé ! x)
    (Moi aussi j’écoute parfois des CD. Le dernier en date ? David Hallyday « Tu ne m’as pas laissé le temps ». Ah j’ai pas dit qu’ils étaient neufs les CD. Ni que Mimine était une personne de goût.)

    Aimé par 1 personne

  2. Super chronique ! J’ai beaucoup aimé ce que tu as dit à la fin à propos de l’imagination qui dit l’indicible et notamment les horreurs de la guerre. Si ça t’intéresse et dans un autre registre, je te conseille de lire « W ou le souvenir d’enfance » de George Perec. Ce livre aussi montre les pouvoirs de l’esprit et sa manière d’occulter puis d’exprimer l’indicible (bon bin maintenant que j’ai fini d’écrire ce commentaire j’ai très envie de rédiger une chronique sur ce livre sur le blog, alors je m’y mets de suite ^^)
    Victoire

    Aimé par 1 personne

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