« Certaines choses valent que l’on meurt pour elles. »

Avant de clore le mois d’octobre et de se replonger dans le week-end d’Halloween à base de citrouilles creusées, de gavage de dragibus et et de films avec des gens possédés, aujourd’hui, parlons bien, parlons dystopie young adult. Hier, j’ai terminé The Ones de Daniel Sweren-Becker, la première publication de ce genre de la collection New Way chez Hugo&Cie. Un grand merci à l’éditeur pour cette découverte !

(Dans l’air du temps, jusqu’au bout de la couv’ !)

Cody et James sont des Ones, ces êtres représentant 1% de la population et issus d’un programme scientifique de modifications génétiques à la naissance. Beaux, résistants, compétitifs dans tous les domaines, les Ones ont toujours eu une longueur d’avance sur les autres, jusqu’à susciter un sentiment d’injustice chez un bon nombre de leurs pairs non modifiés. C’est ainsi que nait le Mouvement Egalité, un groupement qui fait pression sur le gouvernement jusqu’à obtenir l’illégalité du programme scientifique et la remise en cause même de l’existence des Ones. Validées par les autorités, les rancoeurs se meuvent bientôt en véritables persécutions. Alors que Cody, approchée par le leader d’un groupe radical de protection des droits des Ones, est bien décidée à agir, les choses ne semblent pas aussi simples pour James.

Il y a des auteurs qui ont l’art et la manière d’accrocher leur lecteur et de leur servir des intros coup de poing. Avec son prologue qui nous plonge aux côtés d’une jeune fille qui fait le souhait de rester pour toujours dans sa geôle glaciale et immonde pour ne pas avoir, tous les jours à subir des « interrogatoires », Daniel Sweren-Becker en fait clairement partie. La peur, la torture, le cynisme aussi… En quelques lignes, j’y étais et surtout je me suit dit que ça promettait pour la suite.

C’est l’adoption d’une loi d’illégalité des programmes scientifiques à l’origine des Ones qui marque le début du roman, et à l’image de Cody et James, on comprend vite que cet événement ne sera pas anodin. Ce que j’ai apprécié, c’est que l’auteur parvient à la fois à nous proposer une trame très simple, sans s’éparpiller en optant pour un cadre réaliste, et en même temps à soulever tout un tas de questions essentielles, notamment à travers les questionnements de ses personnages. Conséquences de l’eugénisme, dérives des revendications d’égalité en persécutions, discrimination d’Etat, l’auteur évoque également les modes d’action des populations : accepter chaque jour un peu plus l’inacceptable au nom de la sécurité, entrer dans une forme de protestation radicale… Ce qui est intelligent, c’est que ce roman dépasse le clivage des gentils face aux méchants pour entrer dans des réflexions plus complexes. Sanguine et révoltée par l’injustice que ses semblables subissent, il est évident pour Cody qu’il convient d’utiliser la manière forte. James, quant à lui, refuse la violence et s’attache même à essayer de comprendre le sentiment hostile qui monte dangereusement.

Alors, on pourra quand même parfois reprocher à l’auteur de ne pas être allé assez loin, je pense notamment aux personnages qui manquent de corps. Les questionnements de Cody et James sont intéressants, mais en soi, il est difficile d’éprouver beaucoup d’empathie pour eux tant ils sont rapidement brossés et peu charismatiques. Il en va de même pour Kai, le leader du groupement de protection des Ones, qui aurait mérité d’être plus qu’une vague ombre qui prend des décisions difficiles.

J’ai en tous cas passé un très bon moment avec ce roman et je lirai la suite avec plaisir, d’autant que le style de l’auteur est fluide et agréable. J’ai pu voir que je n’étais pas la seule à le penser sur la blogo, mais pour moi, The Ones est une jolie porte d’entrée pour se mettre ou se remettre à la dystopie young adult, justement pour la simplicité de sa ligne narrative, son univers quasi similaire au nôtre, ses réflexions intelligentes et son refus du manichéisme.

 

Daniel Sweren-Becker, The Ones, Nous ne sommes pas tous créés égaux, Hugo New Way

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