Tullochgorum

Je vous propose de commencer la semaine en beauté, en féérie et à l’écossaise avec le petit bijou totalement barré de Martin Millar, Les petites fées de New-York, objet littéraire non identifié qui m’aura quand même tenue éveillée toute une nuit. Je dis ça, je dis rien.

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Quand Heather MacKintosh et Morag MacPherson, deux petites fées punks écossaises portées sur le violon et la boisson, débarquent sans prévenir chez Dinnie pour vomir sur sa moquette après une nuit de débauche, le moins que l’on puisse dire, c’est que ce new-yorkais déjà peu disposé à accueillir son prochain à bras ouverts tire salement la tronche. En face vit la douce Kerry, obsédée par l’idée de remporter un concours de quartier grâce à son alphabet de fleurs. Incapables de passer une seule minute sans se quereller ou entrer en compétition, les deux fées vont se donner pour mission d’aider leur humain aux dépens de l’autre. Mais ce n’est pas pour rien qu’elles ont été jugées indésirables dans leur Ecosse natale, et la ville immense et paradoxale qui les abrite à présent risque bien d’en faire les frais.

S’il subsistait encore quelques clichés sur les fées dans mon esprit avant d’ouvrir ce livre (Clochette, j’aime les fleurs et les paillettes, je chante des poèmes aux hérissons etc.), je crois qu’ils ont été littéralement pulvérisés dès la préface de Neil Gaiman, avant même que le récit ne commence. ET CE, POUR MON PLUS GRAND PLAISIR. Parce que lorsqu’Heather et Morag, nos charmantes petites fées de cinquante centimètres commencent par dégueuler dans l’appart’ de Dinnie l’asocial, l’accro au porno et de surcroit le pire violoniste que la terre ait jamais porté, tu te dis que tu ne viens pas de tomber sur une histoire de fées traditionnelle. Musiciennes virtuoses mais branchées punk rock garage, égocentrées, belliqueuses, vulgaires et alcooliques, nos deux petites héroïnes en kilt ont aussi la fâcheuse manie de se mêler de la vie des humains qui les entourent. Heather est persuadée qu’elle peut faire de Dinnie un être humain et un musicien acceptables, Morag, quant à elle, se prend d’amitié pour Kerry, atteinte de la maladie de Crohn, et elle fera tout pour l’aider à terminer sa collection de fleurs pour le concours du quartier. Le récit est déjà bien chargé, vous en conviendrez, mais Martin Millar va beaucoup plus loin en tissant de multiples intrigues, des différents quartiers de New-York aux contrées verdoyantes d’Irlande et d’Ecosse qui ont vu naitre les fées, en passant par une société féérique anglaise en pleine industrialisation. (Rien que ça !)

C’est juste tellement drôle… Je n’ai pas arrêté de me marrer du début à la fin, parce que c’est souvent absurde, délicieusement cru mais ô combien chaleureux. On oscille sans cesse entre le présent new-yorkais et les récit fantasques et folkloriques d’Heather et Morag que le lecteur, à l’image de Kerry et Dinnie, prendra vite avec des pincettes mais écoutera avec délice. Nos deux fées ont beau être des catastrophes vivantes, elles n’en demeurent pas moins irrémédiablement touchantes (je pense notamment à la relation entre Morag et Kerry) et au milieu de leurs beuveries et de leurs petits projets personnels, elles sont les premiers témoins de l’injustice qui règne en ville, de tous ces sans-abris et laissés pour compte qui meurent sans un bruit au coeur de l’opulence.

Pétri de bonne musique, de folklore féérique, de guerres de clans, d’amitié et de champignons hallucinogènes, Les petites fées de New-York est un vrai bon roman qui fait du bien. Et si en ce moment, vous ça va pas trop, genre « je m’enfermerais bien dans une cave pour écouter du Damien Rice jusqu’à ce que le réchauffement climatique se résorbe », mon conseil lecture urgent, c’est celui-là.

 

Martin Millar, Les petites fées de New-York, Folio SF

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