« C’est pour les vivants, un peu d’enfer… »

Et ouais Michel, c’est l’heure de renflouer un peu le #Zombies sur le blog ! Je suis toujours cliente dès lors qu’il s’agit de post-apo et de morts-vivants, mais il faut reconnaître que l’originalité n’est pas toujours au rendez-vous et que les petits bijoux qui sortent du lot (genre Celle qui a tous les dons ou Feed mon amour) sont à compter sur les doigts d’une main en putréfaction. Mais hier soir, j’ai terminé le premier roman de Rodolphe Casso, PariZ, qui se pose là point de vue « je sors mon épingle du jeu » et autre « shine bright like a diamond ». Un grand merci aux éditions Critic pour la découverte !

Alors qu’à Paris et partout ailleurs la quasi totalité de la population a été réduite à l’état de zombies, trois SDF cachés dans les sous-terrains du métro tentent de ne pas subir le même sort. La Goutte, un vieillard accro à la bouteille, La Gâchette, un ancien enfant soldat issu du Mozambique et La Gobe, jeune teufeur au cerveau joliment ralenti accompagné de son fidèle chien Goa se sont dégotés un abri de fortune dans les entrailles de la capitale. Mais deux excités d’une milice nationaliste ayant mis main basse sur l’Assemblée nationale leur tombent bientôt sur le coin de la tronche. Tout à leur mission héroïque visant à sauver le pays de l’apocalypse, les soldats de la Restauration Française vont être contraints de s’allier à la bande étrange qui connait les souterrains de la ville-lumière comme sa poche et qui n’a, elle, que l’humble ambition de rester à peu près en vie avec option alcool à volonté.

Amis des personnages bien foutus vous allez être servis car c’est bien la grande force de ce roman qui s’ouvre sur l’éveil post-alcoolisation de l’extrême de La Goutte dans une station de métro, engoncé dans un manteau de fourrure dégueulasse et pas vraiment au fait de ce qui se trame au-dessus de sa tête. Cette vie souterraine, symbole ultime de l’exclusion du vieillard et de ses deux comparses, va devenir leur meilleure chance de survie quant, à l’air libre, 99% de la population se traîne lamentablement dans une morne quête de chair humaine. Il suffit de quelques lignes pour être happé par le style de l’auteur et par ces personnages uniques qui sont eux-mêmes des personnages, par ces survivants qui sont déjà des survivants, chacun à leur manière.

L’intrigue prend un nouveau tour lorsqu’ils sont contraints d’ouvrir leur planque à deux militaires de la Restauration Française, tous deux dotés d’une grande ouverture d’esprit et d’un « très bon ami maghrébin ». Si La Gâchette, marginal mais combattant hors-pair, porte bien son nom, la précision du dénommé Kévin avoisinant plutôt celle du Stormtrooper, le chef des deux nazillons voit bientôt l’intérêt d’embarquer la joyeuse bande pour mener à bien un plan délirant pour bouter les zombies hors de Paris.

Ce qui est génial dans ce roman, c’est qu’on ne sait jamais vraiment où on va, mais ON Y VA, et Rodolphe Casso nous réserve des scènes d’action hallucinantes, des situations, des dialogues à mourir de rire et des twist à tomber qui nous font oublier le petit manque côté contextualisation de la pandémie. En plus de cela, il ne manque pas de rendre un bel hommage à la culture populaire et à la musique en particulier (attendez-vous par contre à le maudire, Les Lacs du Connemara, c’est comme A la Volette, ça reste.)

Mais mon petit coup de cœur est de l’autre côté de la barrière, en plein dans la tête de La Goule. Ce zombie et sa balade mélancolique dans Paris remet la capitale en perspective, en révèle toute la beauté, la cruauté, l’histoire et l’absurdité mercantile. Et pour l’empathie ressentie pour une coquille vide, j’ai envie de dire chapeau.

Passionnant, drôle, touchant, original et portée par une vraie plume, il n’y aucune raison de ne pas réclamer PariZ à Noël comme l’enfant pourri gâté que vous êtes si vous avez un faible pour le monde enchanté des créatures qui ne font pas la diff’ entre une entrecôte et votre pancréas. D’autant que ça fera joli sous le sapin, niveau couv’, on se moque pas de nous non plus…

 

Rodolphe Casso, PariZ, Critic

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