Stranger in paradise

Dimanche, dix-sept heures, temps chafouin et reportage sur les primaires de la gauche et de la droite à la télé… (#Dépression) Moi, j’ai plutôt envie de vous proposer une alternative de type livresque, avec option évasion, drame et coeur serré, qu’on pourra agrémenter à loisir d’un petit café, d’un plaid doudou et de la perspective alléchante du retour de SHERLOCK CE SOIR OMG JE… Hum. Pardon. Rechute. Aujourd’hui, je me replongerais volontiers dans La Séparation de Dinah Jefferies, un roman poche découvert chez les éditions Charleston.

En 1955, en Malaisie, la guerre civile fait rage, mais la jeune Emma Cartwright, issue d’une famille de colons anglais, vit à l’écart de cette cruelle réalité, ne voyant que par sa mère aimante et un univers de couleurs et d’aventures. Seulement lorsque son père décide qu’il est temps pour sa soeur et elle de l’accompagner vivre en Angleterre, sans attendre le retour de leur mère partie au chevet d’une amie malade et sans fournir d’explications, Emma voit son monde s’effondrer. C’est désormais très loin, au coeur d’un nouveau pays qui n’est que froid et grisaille, que la petite fille va devoir grandir. Lorsque Lydia Cartwright rentre chez elle, c’est une maison vide qu’elle retrouve et ni son mari ni ses filles ne lui ont laissé de message. Désespérée, elle entame un long périple à travers la Malaisie à leur recherche, ignorant qu’ils ont quitté depuis longtemps ces terres.

Préparez-vous à passer par de multiples émotions, puisque le moins que l’on puisse dire c’est que Dinah Jefferies n’épargne par son lecteur avec cette histoire de séparation déchirante. Au fil des chapitres, l’auteure nous plonge dans la tête d’une mère et de sa fille, à des milliers de kilomètres l’une de l’autre. D’un côté la jeune Emma, douze ans, obsédée par l’idée de retrouver sa mère et la Malaisie chère à son coeur, n’arrive pas à se faire à cette nouvelle vie étriquée en Angleterre. De l’autre, Lydia, bouleversée et restée seule en Malaisie, va partir à la recherche de ses filles sur une vague indication de l’ex-employeur de son mari.

Pourquoi Alec est-il parti avec ses filles sans attendre le retour de sa femme ? A mesure qu’Emma grandit et apprend à lire entre les lignes, les secrets des adultes deviennent de moins en moins opaques. Mais la petite fille qui vivait dans une insouciance totale va être confrontée à ce que l’humanité recèle de pire, et loin de sa mère, elle ne pourra compter que sur elle-même. Lydia, de son côté, va évoluer pour la première fois à l’écart des sphères anglaises privilégiées et connaitre la dure réalité de la Malaisie sous l’état d’urgence. Au fil de son voyage, c’est son histoire de femme plus secrète qui se dévoile aussi peu à peu. La Séparation est ainsi un joli récit qui retrace le parcours d’une mère et d’une fille, d’une femme et d’une femme en devenir. On s’attache très vite aux personnages de Dinah Jefferies. Je pense à Emma, tout particulièrement liée à sa mère est très touchante dans le sens où elle échappe au carcan de la petite fille modèle, rêvant plus d’aventures et de bêtes exotiques que de jolies robes. Et naturellement, elle fera les frais de cette nature rebelle loin de son paradis. Tout le talent de l’auteure se révèle d’ailleurs dans les passages qui lui sont consacrés, puisqu’on sent une vraie évolution dans l’écriture à mesure qu’elle grandit, qu’elle devient plus mature.

J’ai adoré la façon dont Dinah Jefferies nous dépeint aussi cette société malaise des années 50, entre illusions paradisiaques et réalité de la guerre civile. Difficile de ne pas vibrer pour Lydia, pour les événements tragiques qu’elle va connaitre, pour son entreprise totalement désespérée. A la fin du roman, on apprend que l’auteure a mis beaucoup d’elle-même dans cette histoire, ce qui explique aussi à quel point le récit est authentique et poignant.

C’est typiquement le genre de roman qui se dévore et qui vous fait oublier tout le reste. Et ça n’arrive pas si souvent, en vrai. Mon premier petit coup de coeur de lectrice Charleston !

Dinah Jefferies, La Séparation, Charleston

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