« Sans blâââgue ! »

La Bookjar, parfois, on a du mal à s’y tenir, mais je sais pourquoi j’ai décidé de m’y remettre sérieusement cette année. (Ouais fin 2016, j’ai été aussi rigoureuse que mon moi du passé face à ses devoirs de maths. #CopierSurLesCopinesDansLeCar) En janvier, le hasard a voulu que je pioche Effroyables jardins de Michel Quint dans ma bibliothèque, un tout petit livre offert par mon prof de français en 3ème. Jamais ouvert jusque là, bien sûr. Sale gosse. Et le moins qu’on puisse dire c’est que je suis passée à côté d’un sacré truc toutes ces années.

Le narrateur, alors adolescent, a honte d’un père instituteur qui, le week-end, choisit de faire le clown pour les anniversaires et les fêtes de village. Quand il ne s’absente pas, c’est toute la famille qu’il embarque et le gosse est alors le témoin de ce qu’il considère comme un spectacle de mauvais goût. Mais face au mépris du fils, l’oncle Gaston va lui raconter l’histoire à l’origine de cette étrange occupation dominicale, une histoire qui remonte à la seconde guerre mondiale.

Un tout petit livre je vous dis, juste un peu plus de soixante pages, que l’auteur a écrit suite au procès de Maurice Papon et à l’expulsion d’un clown qui aurait tenté de s’introduire dans le tribunal avant de se tenir droit à l’extérieur pour observer silencieusement la sortie de l’accusé selon plusieurs témoins.

Effroyables jardins, c’est d’abord l’histoire d’un enfant qui a honte de son père, principalement parce qu’il ignore tout de son passé, et à travers le récit du dénommé Gaston, c’est toute la force et la nécessité du souvenir qui éclate littéralement. Après la projection d’un film, Le Pont, à laquelle toute la petite famille va assister avec un air de cérémonie que l’enfant ne comprend pas bien sur le moment, le plus proche ami de la famille va lui raconter une vieille histoire sur son père. Fin 42, les deux hommes décident d’intégrer la résistance pour briller un peu auprès des filles, pour rigoler, rien de sérieux en fait. Ils font exploser un pont et sont arrêtés peu après pour cela. En compagnie de deux autres copains, ils sont jetés au creux d’une fosse par les allemands. Les coupables sont sommés de se dénoncer pour éviter la fusillade aux innocents. Mais bien vite, ils découvrent que le soldat au sommet de la fosse chargé de les surveiller est un peu étrange, qu’il passe son temps à faire l’idiot. Est-ce par cruauté ? Ou tout autre chose ?

En quelques dizaines de pages, dans un style juste incroyable, d’abord des plus soutenus, et puis à l’image du patois de Gaston, on va assister à la métamorphose du regard de l’adolescent sur son père, passant du mépris facile et aveugle au plus profond des respects. Génie de la concision et du texte qui sonne juste, Michel Quint évoque le devoir de mémoire au moment où de « vieux monsieurs » voudraient se défiler au moment du jugement mais aussi le refus du manichéisme absurde, des gentils contre les méchants en temps de guerre alors que les héros peuvent surgir des deux camps.

Effroyables jardins fait partie des livres que j’offrirai volontiers à l’avenir parce que je crois qu’il est difficile d’y rester insensible et que cette petite histoire dans la grande histoire trouve une résonance partout.

 

Michel Quint, Effroyables jardins, Joelle Losfeld

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