Ukiyo-e

Aujourd’hui, je vous propose de vous emmener loin, au coeur du Japon de l’ère Meiji avec La Dame de Kyoto d’Eric Le Nabour, publié récemment en poche chez les éditions Charleston. (Et oui, c’est le retour des photos en extérieur, parce que ça y est, hallelujah, enfin, merci, c’est le printemps quoi.)

Dans un Japon du début du XXème siècle, tiraillé entre modernité et tradition, la jeune Myako vit sous la tutelle de son frère depuis l’assassinat tragique de ses parents. Ce dernier s’apprêtant à s’engager dans le conflit qui oppose le Japon à la Russie, il décide de confier les rênes de l’entreprise familiale de soierie à sa soeur, sous l’étroite surveillance d’un de ses collaborateurs. Bien vite, Myako découvre les conditions de travail indécentes des ouvrières et en dépit des craintes que lui inspirent ses nouvelles responsabilités, elle décide de les soutenir envers et contre tout. Cette indépendance, Myako entend également la faire valoir dans sa vie privée et se refuse à accepter un mariage que Naoki a déjà arrangé pour elle. Eprise d’un diplomate anglais, la jeune femme pourra t-elle enfin faire ses propres choix ?

Je découvre Eric Le Nabour seulement maintenant avec ce roman et je dis « seulement maintenant » car l’auteur a une bibliographie des plus impressionnantes, entre biographies et romans historiques. Avec La Dame de Kyoto, il nous plonge dans le Japon de 1905, dans un contexte de guerre avec la Russie. C’est à Kyoto que vit Myako, au sein d’un ryôkan, une ancienne auberge, en compagnie de sa domestique Hiromi et de son frère Naoki. Artiste à ses heures, éloignée du monde et entièrement soumise à l’autorité de son frère, Myako n’a appris qu’une chose, taire ses propres envies, à l’image de la femme japonaise traditionnelle. Mais lorsque Naoki est contraint de lui confier la soierie appartenant à leur défunt père, ce qu’elle voit d’abord comme une charge infernale pourrait bien être le premier pas vers l’émancipation. Il est intéressant de voir comment l’héroïne évolue, devient une femme en se confrontant à une réalité et un passé qu’on a toujours voulu soigneusement lui cacher. Je n’ai qu’une frustration, c’est qu’au regard de la quatrième de couv’, je m’étais attendue à ce que la soierie et la condition des ouvrières prenne beaucoup plus de place dans le récit. Il s’agit plus d’une étape dans la vie de Myako, assez brièvement évoquée, ce qui est un peu dommage à mon sens, tant il y avait à dire.

Ce que j’ai particulièrement aimé dans ce roman, c’est le portrait paradoxal qu’Eric Le Nabour fait du Japon de cette époque. Il nous décrit une société à la fois irrésistiblement attirée par le mode de vie à l’occidentale et en même temps intransigeante quant au respect des traditions et de la culture ancestrale japonaises. Avec talent et précision (après tout il a de l’expérience en la matière !), l’auteur nous fait ainsi voyager entre Tokyo, la ville en pleine mutation et Kyoto, qui a su encore préserver son histoire.

Enfin, en même temps qu’elle fait des choix pour l’entreprise, Myako s’apprête à faire des choix pour sa vie de femme. Amoureuse d’un homme marié, diplomate anglais de surcroit, la jeune femme voit aussi entrer dans sa vie Martin Fallières, un français passionné d’estampes, qui va vite tomber sous son charme, mais il n’en demeure pas moins que son frère a déjà arrangé pour elle un mariage auquel elle ne peut se dérober. Le personnage de Martin m’a laissée assez froide, même si son intérêt pour la culture japonaise jamais récompensé est assez touchant. Le moins que l’on puisse dire c’est que la relation qu’il entretient avec Myako ne fait pas vraiment rêver… En revanche, je me suis passionnée pour les premiers pas amoureux de la jeune femme et ses désillusions des plus cruelles.

La Dame de Kyoto est un roman historique touchant sur l’émancipation subtile d’une femme dans une société japonaise qui voudrait la condamner à demeurer éternellement dans l’ombre. Une jolie découverte.

 

Eric Le Nabour, La Dame de Kyoto, Charleston

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4 réflexions sur “Ukiyo-e

    • Ah oui, je ne te cache pas qu’il faut quand même s’y intéresser un minimum parce qu’il est évident que l’auteur est un amoureux du Japon, de son histoire et de sa culture et qu’il partage sa passion dans ce roman. Mais moi qui suis curieuse sans être fan, j’ai été séduite. 🙂

      Aimé par 2 people

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