Diana

Il y a quelques temps, on m’a proposé de découvrir le livre d’Hélène Menegaldo, Diana Nikiforoff. Je doute que ce nom vous dise quelque chose puisque cette inconnue n’est autre que la mère de l’auteure, racontée ici à la première personne. Et à travers elle, c’est un ouvrage historique aussi sombre que pointu qui nous est livré. Un grand merci à Elise et aux éditions Vendémiaire découvertes par la même occasion.

1918 : La petite Diana, quatre ans, vit à Nikolaïev, en Ukraine. Bientôt avec la guerre civile, la ville sera à feu et à sang. Diana est témoin de la violence, la faim, les maladies, la perte de ses proches et l’absurdité des jeux de pouvoir. Agée de dix ans, elle entreprend un long voyage seule jusqu’en Chine pour retrouver une mère qui l’a abandonnée. Alors que les seigneurs de la guerre se disputent le pouvoir à Pékin, Diana découvre un luxe qui ne lui a jamais été permis, mais cette pause sera de courte durée. Exilée en France, au coeur de la communauté russe de Paris, la jeune femme va encore devoir subir la peur alors que se profile la Seconde Guerre Mondiale.

Née au mauvais endroit, au mauvais moment, cette femme superbe dont Hélène Menegaldo nous livre plusieurs photos aura presque connu tous les enfers de son siècle. A partir de ses souvenirs, l’auteure a reconstitué un témoignage à la première personne, à la fois récit intime et chronique historique du XXe siècle.

Tout commence en 1917 à Nikolaïev, en Ukraine, ville dominée par le chantier naval et théâtre d’affrontements sanglants entre l’armée rouge et les armées blanches opposées à la prise de pouvoir par les soviétiques. A travers le regard de l’enfant de l’époque mais aussi la plume de l’historienne (Hélène Menegaldo est prof à la fac de Poitiers siouplait), j’ai découvert toute l’horreur d’un conflit que je ne connaissais pas finalement. La famine, les exécutions, les meutes de gosses ultra violents livrés à eux-mêmes, les scènes d’horreur digne du Moyen-Âge… Tout cela est à peine croyable et pourtant. Dès lors, Diana devra toujours se résoudre à fuir vers l’inconnu, vers une mère absente jusqu’en Chine, d’abord, vers la communauté russe en France ensuite.

Tout en conservant une part de subjectivité propre à l’enfant puis à la femme qui se raconte, ce livre est donc extrêmement rigoureux sur le plan historique. Si vous vous intéressez aux révolutions russes, à la Chine des seigneurs de la guerre et aux communautés russes du Paris des années 30, Hélène Menegaldo agrémente son texte de repères historiques sur toutes les périodes qu’elle aborde. On apprend beaucoup de choses, et le destin de Diana rend le tout plus digeste mais Diana Nikiforoff n’en demeure pas moins un texte exigeant, qui demande du temps et une bonne dose de concentration. (Comprendre : Rosy a systématiquement du relire les pages qu’elle s’était envoyées dans le bus).

C’est un ouvrage qui m’a touché parce que ce qui nous est raconté ici, c’est le drame de toutes les guerres : des femmes et des hommes réduits à l’état de jouets entre les mains des minorités au pouvoir. Et quand Hélène Menegaldo évoque la mélancolie qui s’est irrémédiablement emparée de sa mère, on ne peut s’empêcher d’avoir le coeur serré :

« Elle fut le théâtre d’une lutte terrible entre une énergie vitale hors du commun et une sorte de fatalisme, de renoncement, d’abandon aux forces obscures venues du passé. »

 

Challenge des Irréguliers de Baker Street +1 : Charles August Milverton

 

Hélène Menegaldo, Diana Nikiforoff, Vendémiaire 

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