Madre Patria

Parce que la rentrée littéraire, ce n’est pas juste Marie-Thérèse d’Autremont qui découvre sa propre sensualité dans les bras de Jean-Eudes avant de sombrer dans une mélancolie narrée sur sept cent pages à grands renforts d’anaphores (toute ressemblance avec un ouvrage existant serait une excellente raison de crier au plagiat, ça sort de ma tête), je vous parle ce soir du nouveau thriller de Christophe Sémont, Les enfants de Chango. Merci à Critic, ce serait un euphémisme de dire que je l’attendais hein.

Pour gagner tant bien que mal sa vie, Amalia ramasse et revend une bouchée de pain les canettes trouvées au coeur des rues de Santiago de Cuba. Le seul extra qu’elle peut se permettre, c’est le gâteau d’anniversaire qu’elle compte offrir à sa fille Aylin, pour ses quatre ans. Quatre bougies qui ne seront malheureusement jamais soufflées ce soir-là… Santiago de Cuba, Frank n’aurait jamais dû y foutre les pieds, mais lorsque des types pas nets qui en savent très long sur son compte lui proposent un contrat grassement payé dans une suite parisienne, le tueur à gages se dit qu’il s’agit probablement d’une de ces propositions qu’on ne peut pas refuser. Puisque ses employeurs s’évertuent à le laisser dans l’ignorance, il va mener sa petite enquête de son côté et découvrir, à ses dépens, que liquider sa cible n’est que le début de l’enfer.

Après l’Argentine et la Thaïlande, l’écrivain voyageur nous embarque à Cuba, pour une nouvelle balade cauchemardesque. Encore une fois, le cadre est hyper soigné, tu lis et tu arpentes les rues à la fois, tu te prends même à musarder comme un con de touriste alors que l’intrigue te rentre dedans.

Amalia fait donc partie de ces ombres qui peuplent Santiago de Cuba. Le jour, elle confie sa fille aux bons soins de l’exubérante coiffeuse de son quartier pour effectuer un travail de collecte de canettes d’aluminium à la rémunération inversement proportionnelle à l’effort fourni. Mais ce soir, ça vaut le coup de se tuer à la tâche, puisqu’Aylin aura un joli gâteau pour son anniversaire. Ou pas. Je n’en dis pas plus, mais en un instant, Amalia va voir avec horreur l’ensemble de son existence lui filer entre les doigts. Sur un autre continent, on propose à un tueur à gages un contrat trop bien payé pour être honnête, on lui cache l’essentiel, il le sait. Non sans prendre deux ou trois précautions, Frank emporte avec lui son alcoolisme et ses remords à Cuba pour le meilleur et pour le pire. L’une est touchante, ultra DETER, l’autre est efficace, prudent, avec ce qu’il faut de cliché bien dosé du tueur à gages pour le rendre sexy. (Autre Frank si tu m’entends.)

J’ai été ravie de retrouver le style si particulier de Christophe Sémont, qui navigue habilement entre action, histoire et fantastique. En plus de nous immerger dans le passif révolutionnaire complexe et franchement tordu de Cuba, la vraie force de ce livre c’est qu’il est imprégné de mythologie. En bon noob, je ne connaissais rien des orishas, les divinités de la Santeria, dérivée d’une religion importée d’Afrique suite à la traite des noirs, et c’est juste passionnant. J’ai d’ailleurs pour objectif à plus ou moins court terme de devenir spécialiste de la question (en plus des mythologies grecque, scandinave, hindoue… easy). C’est un roman pétri d’autres histoires, de contes de la bouche à l’oreille qui lui donnent une atmosphère assez unique… assez creepy aussi, soyons clairs. (Et c’est pas comme si on était client ici.)

Et puis voilà quoi, comme ses prédécesseurs, Les enfants de Chango est un bouquin que tu ne peux plus lâcher, la faute à une histoire palpitante à la croisée des « mauvais genres », un cadre ultra authentique et des personnages bien foutus. De quoi nous rendre capricieux à chaque nouvelle rentrée ça…

 

Christophe Sémont, Les enfants de Chango, Critic

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s