« We can be heroes… just for one day. »

Ecrire une chronique juste avant de partir au taff, je l’avais encore jamais fait. JE SUIS ON FIRE. (En espérant que mon état naturel d’amorphitude post-réveil ne déteigne pas trop ici.) Ce matin, donc, on parle du dernier Laurent Mauvignier, un auteur découvert grâce à Chaton avec le très beau Dans la foule. Cette fois, pas de foot au programme mais un périple à cheval dans les montagnes du Kirghizistan. (Perso je frétillais déjà entre « -TAGNE » et « -GHIZISTAN ».

Sybille a vu sa propre existence lui filer entre les doigts, comme ça, tranquillement, alors qu’un avenir brillant lui tendait les bras. Sans même s’en rendre compte, elle est devenue cette mère célibataire qui trompe l’ennui et ses angoisses en robe de chambre. Mais lorsque son fils Samuel, qui l’inquiète de plus en plus, assiste sans rien dire à une agression sexuelle perpétrée par ses copains lors d’une fête, Sybille prend enfin une décision. Pour l’écarter de son quotidien toxique, elle va partir pour un long voyage avec lui, à cheval, au Kirghizistan, dans l’espoir qu’ils retrouvent tous deux leur souffle.

Plus ça va et plus je suis nature-writing, donc le pitch de base combiné à « Cher Laurent, il m’a suffi d’un bouquin pour savoir que tu écrivais comme Beyonce danse » étaient très tentants. Et je n’ai pas été déçue dutoutdutoutdutout. (Donc, elle compare Laurent Mauvignier à Beyonce, ouais, elle est pas réveillée la meuf.)

Alors que le jeune Samuel prend doucement mais surement le chemin de la délinquance, que jour après jour, une peur irrationnelle de l’autre s’empare un peu plus de lui, ses parents, divorcés, s’opposent sur la solution à apporter au problème. Quand le père songe à un internat catholique supposé redresser ce petit con, Sybille, la mère, est prise d’une révélation qui la fait passer pour une illuminée aux yeux de son ex-époux. Et si elle emmenait Samuel faire un trek à cheval dans les paysages somptueux du Kirghizistan, loin de tout, de ses mauvaises fréquentations, de ses idées extrêmes qui commencent à germer. Rien que la tente, le contact des chevaux qu’il aimait tant autrefois, et l’autre sur lequel compter face aux dangers de ce pays époustouflant.

Le retour à la nature, à l’essentiel pour rééduquer un ado, ça peut paraitre cliché (Pascal, si tu m’entends), ça aurait pu l’être ici si l’auteur avait teinté de morale le discours de ses personnages pendant ce périple. Or, il n’en est rien. On suit simplement un adolescent taiseux et pourtant en colère, incapable depuis des lustres de communiquer avec une mère rongée par les regrets d’une vie passée et inventée qu’il méprise, qu’il a désapprit à aimer, à voir. Mais au coeur de ces montagnes, face aux rencontres tantôt chaleureuses, tantôt menaçantes, on se passe de commentaires. Tout ce qu’ils peuvent faire, c’est avancer ensemble.

Au-delà des paysages magnifiques, des aléas spectaculaires et riches en émotions du voyage, ce que j’ai aimé dans ce roman, c’est cette idée de la peur de l’autre qui paralyse. Peur de sa mère, de son père, des étrangers, des coupables désignés… Samuel étouffe dans un climat nauséabond qu’on malheureusement entretenu en ce moment. Pour vivre, enfin, il devra s’en libérer. Et ce voyage, tranquille, étrange ou dangereux, pourrait bien être la dernière chance d’une mère et son fils.

C’est très beau, et Laurent Mauvignier confirme une fois de plus l’empathie rare qu’il nourrit pour ses personnages. Il lui suffit de quelques lignes, même pas besoin du « je » pour qu’on ait l’impression qu’une voix singulière s’élève, celle de Samuel, ou de Sybille, ou alors juste la sienne.

 

Laurent Mauvignier, Continuer, Editions de Minuit

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