« She wakes in a puddle of sunlight »

En cette rentrée littéraire, mes très chères licornes, avez-vous entendu parler de Summer de Monica Sabolo ? (Il n’y aura pas de sanction (trop) sévère en cas de réponse négative.) Cette histoire de disparition inexpliquée d’une jeune fille et du trauma occasionné sur son frère m’avait été tellement bien vendue en librairie, que j’ai sauté sur l’occasion dès que j’ai pu mettre mes mains crochues de sorcière sur un exemplaire. (Restons dans les réjouissances d’Halloween même si ça n’a aucun rapport, vous voulez-bien ?)

Benjamin est obsédé par le souvenir de la disparition de sa soeur. Vingt-cinq ans plus tôt, lors d’un pique-nique au bord du lac Léman, alors qu’ils n’étaient que des adolescents, sa soeur s’est comme évanouie dans la nature. Aucune trace, aucune explication. Après le temps des recherches, au sein de cette famille bourgeoise suisse, vient vite le temps de l’abattement et de la résolution, aussi terrible soit-elle. Mais plus de deux décennies plus tard, le frère est obsédé par cette absence, par cette évaporation quasi mystique. Mais en cherchant des réponses, c’est le vernis des apparences qui pourrait bien se craqueler.

Comment continuer à vivre dans l’incertitude quand l’un des êtres qui vous étaient le plus cher a disparu en une fraction de seconde, comme ça, sans aucune explication ? Cette question, Benjamin se la pose sans cesse à couvert des souvenirs qu’il a de Summer, cette fille superbe, blonde, pleine de vie, qui était sa soeur. Le dernier souvenir qu’il a d’elle, c’est sa silhouette élancée qui disparait à la lisière de la forêt, au beau milieu d’un pique-nique entre amis au bord du lac Léman.

Ce qui est arrivé à sa famille, ce drame est tellement fou, tellement absurde qu’il imagine tout et n’importe quoi. De l’enlèvement sordide jusqu’à la réincarnation en nymphe des eaux. Le pire est de ne pas savoir. Et c’est précisément cette incertitude qui le plonge aujourd’hui dans une forme de lente dépression, où tout son esprit est occupé à se remémorer Summer, sa perfection, sa joie de vivre et son cortège d’amies et d’admirateurs.

L’essentiel du roman nous plonge donc dans cet esprit torturé par des questions sans réponse ou des réponses étouffées par les non-dits… C’est une écriture du ressassement que nous propose ici Monica Sabolo, pour accompagner son personnage. Soyons clairs, cela aurait pu donner un roman totalement indigeste… Et bien pas du tout. En dépit de mon sentiment mitigé par rapport à l’intrigue, c’est une magie que je ne m’explique pas mais que je dois reconnaitre, Summer se lit tout seul. Fort d’un style empreint de métaphores liquides, de rappels constants au lac, théâtre de la disparition et miroir de l’esprit de Benjamin, ce roman emprunte clairement à l’esthétique de Virgin Suicides. La bonne société cossue, les filles sublimes, jeunes, blondes, éthérées, semblables à des créatures divines et des secrets qui nous soufflent le pire… Voilà le cocktail Summer.

J’aurais pu adorer. Monica Sabolo dissémine avec talent les indices d’une fin qui nous sera dévoilée. Malheureusement j’attendais que l’intrigue bascule avec plus d’énergie, plus de force, qu’on sorte de considérations parfois un brin ampoulées sur la sublimation de Summer pour entrer dans le thriller. Ma lecture, comme je l’ai dit plus haut, s’est faite sans difficulté, mais toujours dans l’attente d’une fin prodigieuse (je vous rappelle en plus qu’on m’avait bien bien vendu le final en librairie)… Et pouf, ça retombe comme un soufflé. Le « Mouais » effect.

Les amis de Sofia Coppola et de l’introspection (dont je fais partie dans une certaine mesure) seront probablement tout à fait séduits par Summer, quant à moi, je suis quand même un peu restée attachée à mon boulet au fond du lac. #JeuDeMotLiquide

 

Monica Sabolo, Summer, JC Lattès

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