The hidden owl

Ouais on ne m’arrête plus avec les chroniques ces jours-ci. Mieux, on ne m’arrête plus avec les coups de coeur. Je m’étais demandée pourquoi l’une de mes librairies préférées avait réservé une vitrine ENTIERE au (je pourrais dire « à le » mais c’est moche) Mystère Jérôme Bosch de Peter Dempf, jusqu’à ce que j’ai la chance de pouvoir le découvrir dans le cadre de la génialissime #TeamThrillersCHM. Imaginez que la révélation de la signification cachée d’un tableau vous tienne en haleine sur plus de quatre cent pages… Mais quand je dis EN HALEINE, c’est EN HALEINE, vous savez que je balance jamais rien à la légère.

2013, Musée du Prado, Madrid : le célèbre triptyque de Jérôme Bosch, Le Jardin des délices, représentant le pêché originel, les errements de la vie terrestre et l’Enfer, vient d’être vandalisé par un prêtre dominicain. D’abord convaincu qu’il s’agit simplement d’un malade, Michael Keie, chargé de restaurer l’oeuvre, découvre avec stupeur que l’homme n’a pas abîmé le tableau au hasard. Le vitriol qu’il a jeté dessus révèle d’autres couches et des symboles cachés… Pour comprendre ce dont il s’agit, il décide de s’entretenir avec le prêtre. Et ce dernier va lui conter l’incroyable récit de Petronius Oris, apprenti de Jérôme Bosch en 1510 à Bois-le-Duc dans les Flandres. Tandis que le maître travaille à un mystérieux triptyque, le jeune garçon va se retrouver plongé au coeur d’une ville rongée par les secrets et les flammes de l’Inquisition.

Michael Keie est un restaurateur bien décidé à faire la lumière sur un acte trop calculé pour n’être que l’oeuvre d’un déséquilibré. Aussi il accepte de s’entretenir avec l’homme responsable des dommages occasionnés au Jardin des délices. Selon lui, cette oeuvre serait dangereuse. Au XXIe siècle, alors que le règne tout puissant de l’Eglise est loin derrière nous, c’est une allégation qui laisse notre restaurateur un peu circonspect. Mais voilà, le prêtre va lui livrer un témoignage tout droit sorti de l’époque de Jérôme Bosch, celui de son jeune apprenti Petronius. Et l’histoire est si vivante, si hypnotisante, que Michael va être peu à peu convaincu qu’il vaudrait mieux garder secret les récentes découvertes faites sur le tableau.

Peter Dempf nous plonge alors dans une ville aussi séduisante que cauchemardesque, où les chiens de l’Inquisition guettent le moindre faux-pas de leurs concitoyens pour les faire brûler en place publique. La vie souterraine y est donc vive, et Petronius va pouvoir en mesurer toute l’étendue, puisque son maître est dans le collimateur du terrifiant père Baerle. Cela aurait-il un rapport avec l’étrange tableau gardé caché sur lequel il travaille en secret ? Mêlant rigueur historique et inventivité de la langue, l’auteur arrive à nous immerger complètement dans ce seizième siècle de tous les dangers.

Et puis vous en connaissez beaucoup, vous, des romans dont la couverture est à la fois magnifique ET totalement intégrée à l’intrigue ? Parce qu’en ouvrant Le Mystère Jérôme Bosch, vous vous apprêtez à mettre le nez dans une enquête qui oscille entre le XVIe et le XXIe siècle, et laissez-moi vous dire que l’illustration du Jardin des Délices va vous être très utile. Il ne s’agit d’ailleurs que du panneau central, aussi je ne saurai trop vous conseiller d’ouvrir une reproduction sur tablette/smartphone/ordinateur/papyrus près de vous pendant votre lecture. (Ou d’aller lire directement au Prado pour les puristes. Mais sachez que ça me rendra verte de jalousie.) Alors voilà, je n’ai pas arrêté de faire la navette entre les mots et l’image, et loin de « casser le rythme », cela vous donne juste la sensation jouissive d’être un petit Sherlock Holmes en puissance. Tel détail est pointé du doigt par le restaurateur ? ET PAF, vous l’avez vu vous aussi ! Magique.

Vous êtes peut-être comme moi, vous ne vous rendez dans les musées que lorsqu’ils sont gratuits ou pendant vos voyages à l’étranger. L’Art, ça vous parle un peu, mais de loin… Et bien c’est la force de ce roman, nous reconnecter avec le mystère passionnant des symboles cachés dans les grands tableaux. L’auteur joue presque ici sur l’enfant qu’il y a en nous et qui veut connaitre la clé à tous prix. Et c’est aussi ça, un grand tableau. Pas forcément quelque chose d’abstrait, d’inaccessible, mais quelque chose qui peut nous toucher. Moi, ça m’a permis de découvrir Jérôme Bosch, que je ne connaissais pas, et ce triptyque juste hallucinant d’inventivité, de fantaisie et de noirceur… Je voudrais le voler et le mettre dans ma maison, mais en plus du manque de place, il parait que c’est interdit alors… Je relirai plutôt Le Mystère Jérôme Bosch.

 

Peter Dempf, Le Mystère Jérôme Bosch, Cherche Midi

7 réflexions sur “The hidden owl

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