Les coeurs fragiles

C’est pas parce que le Goncourt a pointé son nez hors de la tonne de mots et de papier qu’on ne peut plus causer rentrée littéraire, hein. J’ai même envie d’ajouter « Que diable ! » tiens ! Du côté des publications plus confidentielles, j’ai découvert récemment Système, le dixième roman d’Agnès Michaux paru en septembre dernier chez Belfond. Un grand merci à l’éditeur pour cette lecture !

Paul Dumézil retrouve le foyer de son enfance où vit encore sa soeur Marisa suite à la mort de leur père. Son existence toute entière n’est qu’une grande fuite en avant depuis l’assassinat brutal de leur mère par le voisin, alors qu’il n’était encore qu’un gosse. Et bientôt, le meurtrier sortira de prison. Comment vont-ils réagir ? Alors que Marisa semble chaque jour s’éloigner un peu plus des réalités, une implacable et tranquille vengeance semble s’imposer à son frère.

Je suis encore toute pleine de frustration en repensant à cette lecture. Et pour cause, elle avait si bien commencé ! Quelques vers sublimes de Lamartine introduisent une scène incroyable. La douceur, la langueur d’une journée d’été laissent place sans crier gare à la plus froide violence. Quand tu te prends un uppercut au bout de vingt pages, tu te dis que ça va être géant, surtout quand le style est au rendez-vous.

Paul accepte de vivre une demi-vie depuis des années, loin du théâtre de la mort de sa mère. Mais il y retourne pour être auprès de sa soeur, quelques jours, après le décès de leur père. En la retrouvant, il se rend compte qu’il ignore pourquoi il a voulu s’éloigner d’elle aussi, tant ces deux-là sont fusionnels. Quand lui vit constamment en dedans de lui-même, elle explose littéralement, dit tout ce qui lui passe par la tête comme une enfant, et plus l’échéance fatidique approche, celle de la libération du meurtrier de leur mère, plus Marisa lâche prise avec le réel…

Leur quotidien dans cette maison du sud de la France que je me suis tout de suite figurée dans ma tête, on le suit avec curiosité, d’autant que la rupture semble proche. Et honnêtement, j’aurais adoré que ce roman nous parle de cela. De l’impossible deuil, de vengeance, de résilience… Mais j’ai eu la désagréable sensation, assez tôt, qu’Agnès Michaux allait simplement nous esquisser les contours d’une histoire qu’on aimerait lire. Sans vous dévoiler outre mesure l’intrigue, nous nous embarquons dans un voyage jusqu’en Ethiopie avec les deux personnages, et à partir de leur départ, j’ai été totalement larguée. Alors j’imagine que ma déception vient de projections que j’avais faites assez tôt sur le roman en lisant la quatrième de couverture (c’est pas la première fois que ça m’arrivée en cette rentrée littéraire), mais tout de même, quelle frustration ! La plume m’a séduite de bout en bout, mais je me suis surprise à ne plus lire que pour capter de jolies phrases tant le récit m’ennuyait profondément…

Sans basculer dans le thriller, même s’il y a de cela, Système avait tout pour interroger la perte et la reconstruction, mais de mon humble point de vue, il manque sa cible et se perd loin, loin de son lecteur…

 

Agnès Michaux, Système, Belfond

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