« Some houses are born bad. »

Donna Tartt dit des histoires de Shirley Jackson qu’elles comptent « parmi les plus terrifiantes qu’ont ait jamais écrites », et c’est pas après avoir lu La Maison hantée que je vais la contredire. Si vous cherchiez une idée de cadeau pour le copain nostalgique du générique de Fais-moi-peur et des soirées sous la couette à dévorer des romans d’horreur à la lampe frontale, arrêtez tout, j’ai ce qu’il vous faut. (Si cet individu bizarre c’est vous/moi, c’est encore mieux)

Hill House est une maison, ou plutôt une abomination qui fut construite au XIXe siècle par un industriel prospère. L’architecture est improbable, l’aménagement insensé et labyrinthique, et il suffit de jeter un premier coup d’oeil à la bâtisse pour comprendre que quelque chose cloche ici. D’ailleurs, les propriétaires qui n’y habitent plus acceptent volontiers de la louer à un scientifique adepte du paranormal. Le temps d’un court séjour, il souhaite réunir un petit groupe d’individus susceptibles de réagir positivement aux phénomènes surnaturels dans ce lieu qu’on dit hanté…

Le mythe de la maison hantée est l’un des plus puissants de l’imaginaire horrifique… On a tous en tête des films mémorables sur la question, Amytiville, Shining, Les Autres, Conjuring, The Grudge (un chouchou perso)… Mais en revanche, je vous déconseille d’ors et déjà l’adaptation de ce roman-ci, Hantise, avec Catherine Zeta-Jones. Pas que ce soit une véritable daube, mais toute l’essence du roman est perdue, celle-là même dont j’espère bien vanter les mérites comme il faut ici.

Le personnage principal de ce roman, c’est Hill House, la baraque effroyable perdue en pleine campagne, enfoncée entre des collines qui menacent presque de l’avaler à tout instant. On oublie les clichés du château moyenâgeux qui abriterait des avatars de Peeves au profit d’une maison juste… malaisante.

« Aucun oeil humain n’est capable d’isoler l’élément précis, qui, dans la composition malheureuse des lignes et des espaces, donne une allure diabolique à une maison. Il y avait là cependant un je-ne-sais-quoi – une juxtaposition insensée, un angle mal conçu, une rencontre hasardeuse entre ciel et toiture -, par lequel Hill House respirait le désespoir. »

Ce n’est que l’introduction de notre chère héroïne, et croyez-moi, vous allez dévorer tout le chapitre qui lui est dévolu. La subtilité, c’est le secret ultime de la recette de l’effroi made in Shirley Jackson. La maison est laide, mal foutue, on ne sait plus quelle porte on a ouvert ou fermé, certaines pièces semblent ne jamais vouloir se réchauffer, en plus de ça les domestiques restés à demeure répètent inlassablement les mêmes instructions absurdes… De quoi avoir la tête qui tourne assez rapidement.

Le terrain est comme qui dirait propice à l’observation du paranormal, puisqu’au-delà de sa tronche inacceptable, la vieille bâtisse est sujette à un tas d’histoires étranges. Il y en a une, notamment, qui dit qu’on ne peut pas dormir plus de deux nuits entre ses murs. Le docteur Montague propose donc à un petit comité sélectionné par ses soins de passer de chouettes vacances au vert à Hill House. Dans une ambiance très détente, très ScoobyGang, du moins au début, Luke, Theodora, Eleanor et ce cher professeur s’apprêtent juste à adopter la posture du « Wait and see ». Mais la nuit vient, et avec elle, l’étrange présence…

Naturellement, le style de Shirley Jackson (à travers la jolie traduction de Dominique Mols et Fabienne Duvigneau), son sens de l’ambiguïté et des petits détails glaçants m’ont gentiment fait flipper pendant ces épisodes nocturnes ô combien attendus. Mais la véritable source d’angoisse de cette histoire réside peut-être ailleurs, dans ces têtes qui ne peuvent bientôt plus se faire confiance, dans ces étroites relations qui changent insidieusement… Parce qu’on sait bien, nous qui avons lu les premières pages, que la sensation désagréable qui ne nous quittera plus a commencé bien avant qu’on pose ne serait-ce qu’un orteil à Hill House…

 

Shirley Jackson, La Maison hantée, Rivages

11 réflexions sur “« Some houses are born bad. »

  1. Très chouette article. Je n’aime pas du tout les livres/films d’horreurs et vu comme tu vends bien celui-ci, je vais vraiment l’éviter. Et pourtant, même si ce n’est pas mon style de littérature, j’ai dévoré ton article !!! Bravo!

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  2. Dans ma besace « Films nanardland » Hantise se place dans mes petits péchés mignons. J’avoue. Tout. Je crois que je fait une fixette sur l’architecture de la baraque mi-splendeur anglaise, mi-pâte à sel numérique à l’intérieur avec ses jolies statues baroques.
    Par contre tu m’apprends qu’avant ce film et la première adaptation (qu’il faut que je vois !!) (« La maison du diable ») y avait UN LIVRE. Je note tout, voilà comme ça emballé c’est pesé !

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    • Ben pour être tout à fait franche, je pense que si j’étais tombée sur le machin en premier, j’aurais sûrement eu le p’tit plaisir coupable aussi. Mais quand tu passes d’abord par la petite merveille de subtilité qu’est le bouquin, ben tout de suite la grosse cavalerie passe moins quoi. 😂

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  3. Pingback: (La)Maison hantée/Hantise, Shirley Jackson | L'Imaginaerum de Symphonie

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