All alone with Boone

Allez, je pose deux secondes mon Jules Verne pour causer #ColdWinterChallenge avec vous, d’autant qu’on s’attaque aujourd’hui au menu qui me faisait frétiller d’envie telle une… chose frétillante non identifiée : « Marcher dans la neige ». Et là, on dit merci à MargaudLiseuse qui nous proposait de nous plonger dans du nature-writing ou de la litté de voyage au pays du froid. J’ai donc sauté sur l’occaz pour sortir Indian Creek de Pete Fromm de ma bibliothèque, dans sa merveilleuse édition poche.

A l’époque de la fac, Pete Fromm accepte quasi sur un coup de tête un job, non pas d’été, mais d’hiver, au coeur des Rocheuses. Pendant sept long mois, il devra veiller sur un coin de rivière où sommeillent des oeufs de saumon. Baigné par les récits de trappeur extraordinaires, il va cependant découvrir la dure réalité de la survie dans les montagnes de l’Idaho.

Depuis Sukkwan Island de David Vann ou encore Ce qui gît dans ses entrailles de Jennifer Haigh, j’ai développé un certain attachement à la bonne littérature américaine des grands espaces made in Gallmeister. C’est donc plutôt confiante que je me suis lancée dans ce récit de galérien du froid… à raison. (la vie ne peut pas toujours ressembler à un soap opéra tragique sorry)

Notre cher écrivain remonte ici à ses années de fac et à ce fameux hiver qu’il accepte de passer seul, au coeur des montagnes Rocheuses, à surveiller des oeufs de saumon. Un job saisonnier qui ne compte pas beaucoup de postulants… Tant pis pour eux ! La mission est plutôt simple : veiller à ce que l’eau ne gèle pas à l’endroit où des milliers d’oeufs attendent leur heure. Temps de travail journalier : une demie-heure. Le reste, c’est free time ! Au top, Pete s’imagine déjà en trappeur badass, à chasser l’ours et à raconter ses exploits dans des petits carnets le soir au coin du feu. Sauf que ce n’est pas un récit romantique sur les splendeurs des montagnes enneigées que vous vous apprêtez à ouvrir, mais bien LA VRAIE VIE.

Si les premières semaines sont douces, notre homme découvre d’emblée qu’il va devoir faire une réserve dantesque de bois avant l’arrivée de l’hiver. Parce que bientôt, les routes communiquant avec le reste du monde seront rendues totalement impraticables avec la neige, et il sera définitivement seul. La solitude, qu’il imaginait d’abord avec délice, s’impose très, très rapidement dans toute sa brutalité. C’est l’un des aspects les plus forts du livre, ce sentiment obsédant qui va le conduire à espérer chaque entrevue avec des étrangers, ou même à se mettre en danger pour rejoindre la civilisation.

Et puis Pete Fromm se confronte enfin à la survie, et les premiers obstacles ne tardent pas à arriver. Avec une bonne dose d’humour et d’auto-dérision, il raconte par le menu combien l’écart entre l’imagination et la cruelle réalité peuvent faire des dégâts. Résister au froid, à l’humidité, dormir sous tente sous la neige, se confronter à la barbarie ordinaire de la chasse quand on n’avait que des images d’Epinal de trappeurs dans la tête… Loin de se présenter en Bear Grylls, l’écrivain fait preuve d’une honnêteté touchante. Forcément, tout cela rend la lecture souvent éprouvante. Nous aussi, on partait pour une aventure merveilleuse, pour la beauté des paysages et le retour à la vie simple, et nous aussi on en prend une bonne face à la réalité. (pas autant que lui quand même)

Ben oui, you know nothing John Snow.

Mais c’est cette prise de conscience qui rend cet hiver si passionnant à ses côtés. Il en chie Pete, mais parfois, il grimpe en haut de la montagne, et il s’endort dans la neige, auprès de sa chienne Boone, avec un coucher de soleil qu’on ne verra jamais, et là oui, on l’envie… avant de se souvenir qu’il doit encore dépecer un cerf entier.

En bref Rosy a beaucoup aimé, parce qu’elle a ressenti énormément d’empathie pour ce type normal qui s’embarque dans un truc beaucoup trop gros pour lui et qui ne baissera jamais les bras. Et puis lire les aventures d’un galérien dans la neige alors qu’on est soi-même bien pelotonné sous son plaid avec son petit Kusmi tea et sa playlist Youtube… Ca n’a pas de prix les enfants.

 

Pete Fromm, Indian Creek, Gallmeister

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