mobilis in mobile

Jules Verne et moi, c’est une histoire d’enfance. Mes parents avaient une collection assez impressionnante de classiques dans leur bibliothèque, l’ami Zola, le copain Balzac et compagnie… tout un tas de types qui avaient l’air de raconter des histoires auxquelles je n’entendrais rien avant des années. Mais il y avait aussi la rangée du haut. Celle des Jules Verne. Et lui, avec ses titres du genre « L’île mystérieuse », « Cinq semaines en ballon » ou « Voyage au centre de la terre », ben il parlait vachement plus à la gamine qui devait se hisser sur la pointe des pieds sur une chaise pliante (ne reproduisez pas cela à la maison) pour atteindre les bouquins. On ne m’en a pas lu tant que ça, je ne me souviens guère que de ce film incroyable adapté de Vingt mille lieues sous les mers avec Kirk Douglas… Mais c’est resté ancré dans ma tête pour toujours : Jules Verne, c’est l’aventure. Et laissez-moi dire que j’ai retrouvé exactement ce même plaisir en ouvrant pour de bon Vingt mille lieues sous les mers, toute seule comme une grande, à vingt-sept ans, pour le #ReadingClassicsChallenge.

Nous sommes en 1866. De terribles rumeurs courent sur l’existence d’un monstre marin qui arpenterait les mers et les océans, provoquant naufrages et dégâts irréparables sur les plus puissant navires. Une expédition s’organise pour traquer la bête. Parmi les hommes embarquent le professeur Aronnax, spécialiste des fonds marins, accompagné de son fidèle serviteur Conseil ainsi que le harponneur Ned Land, en première ligne sur L’Abraham Lincoln pour abattre le monstre. Mais lorsque la confrontation vient enfin, le pauvre bateau est coulé et seuls nos trois hommes ont survécu à la bataille, s’accrochant péniblement à la surface, sur le dos de leur ennemi… Ennemi qui n’a rien d’un animal ou d’une créature mythique mais qui en réalité est un prodige de métal et de science. Le Nautilus les emporte avec lui dans une odyssée sous-marine dont ils n’auraient jamais osé rêver.

Bon déjà, vous en conviendrez, attaquer avec une histoire de monstre mythique, entre rumeurs et témoignages plus ou moins fiables, ça vous pose déjà la bête. Notre narrateur, Pierre Aronnax, est un éminent professeur français au Museum d’histoire naturelle qui vit avec son fidèle serviteur, Conseil, un féru (jusqu’à l’obsession) de classification de la faune et de la flore. Tous deux sont invités à prendre part à l’expédition visant à réduire à néant ce cachalot/narval/être vivant marin non identifié qui fait la loi depuis peu sur toutes les mers du globe. Mais la rencontre se solde par un échec cuisant et il n’y a bien que notre duo, ainsi que le harponneur du bateau, qui survivront à l’entreprise. Après cette nuit de débâcle, ils sont bien obligés d’admettre qu’ils se sont en fait attaqués à un monstre de fer, une machine qu’il n’osaient pas croire réelle, un sous-marin.

Rapatriés à bord par des membres de l’équipage, ils font bientôt la connaissance du Capitaine Nemo, le maitre à bord. Et à partir de là, l’ébahissement ne va plus prendre fin. Le Nautilus, avec sa bibliothèque truffée de trésors, sa puissante machinerie et son poste d’observation incomparable des fonds qu’ils imaginaient encore inexplorés est un vrai palais sous-marin. Mais il y a quand même un petit hic. Ils ont beau être accueillis comme des princes par leur hôte, tous trois n’en demeurent pas moins prisonniers, puisqu’il semble totalement exclu pour le navire de rejoindre un jour la terre ferme. De même, que penser de cette étrange condition du capitaine, celle de les tenir éloignés des parties communes, enfermés dans leur chambre en de rares mais néanmoins perturbants moments ?

Aventure incroyable + suspense + science + pédagogie (à l’origine, ce livre est une commande jeunesse visant à instruire ces chères petites têtes blondes) + anticipation, voilà le cocktail Jules Verne dans ce roman qui nous ferait presque perdre la tête. On s’émerveille en même temps que notre narrateur, plutôt fasciné par sa prison dorée, pendant ce tour du monde sous les flots. Toutes les plantes, toutes les espèces animales sous-marines de la planète semblent défiler sous nos yeux, et elles sont d’ailleurs décrites avec force détail, notamment par le biais de l’excentrique Conseil. A ce sujet, je ne doute pas que certains trouveront l’exercice totalement indigeste (les retours négatifs sur ce point ne manquent pas), mais même ici, j’assume mon coup de coeur. Toutes ces descriptions, en plus de nous apprendre un tas de trucs, participent grandement de l’effet cinématographique de ce roman. Tout du long, on a l’impression d’être collé à l’énorme globe de verre comme des gosses à l’aquarium, et on pourrait rester là toute la vie, comme Aronnax. Et je ne parle même pas des expéditions à haut risque en scaphandre, à a recherche de trésors merveilleux et mythiques, ou de l’attaque de calmars géants. #àlancienne

Avec ce roman, et j’imagine avec beaucoup d’autres, Verne évoque le merveilleux de la science et du progrès. Finalement, n’est-ce pas encore plus dingue de tomber sur cet incroyable sous-marin que sur une baleine géante ? Evoquant des technologies qui n’existent pas encore à l’époque, ou sous des formes beaucoup moins évoluées, non seulement l’auteur nous fait rêver avec de l’ultra réaliste et probable, mais en plus il parle vraiment de son époque. Ce que j’ai adoré, c’est à quel point il est important pour lui d’ancrer son récit dans son présent, en parlant des hommes de science, des penseurs, des écrivains et de l’actualité du XIXe. En ce sens, l’édition chez Folio est très bien faite, avec des notes explicatives quasi vitales parfois, ou juste passionnantes, qui viennent éclairer, expliquer les références ou mettre à jour certaines incohérences.

Et puis cette histoire, c’est la liberté. Celle de Nemo qui s’est exclu du monde des hommes et qui semble autant animé par le respect profond du vivant que de plus sombres instincts. Et puis celle de Ned, aussi, qui refusera toujours d’être retenu prisonnier, peu importe les merveilles qu’on agite sous son nez, ou la promesse d’une mort certaine.

Alors oui, c’est un sacré pavé. Mais je peux vous promettre que de grandes et belles histoires qui traversent le temps comme celle-là pourraient s’étaler sur mille pages supplémentaires qu’on en redemanderait encore.

 

Jules Verne, Vingt mille lieues sous les mers, Folio

6 réflexions sur “mobilis in mobile

  1. Ahh, Jules Verne.
    J’ai découvert en début d’année dernière et je rattrape avec plaisir mon (honteux) retard. Ceci dit, Vingt mille lieues sous les mers est le dernier de ma liste parce qu’il est celui qui me dit le moins, notamment parce que les profondeurs (spatiales ou marines) m’angoissent. Ouais je sais, j’suis chelou mais j’me soigne!

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  2. Ça sonne toujours palpitant lorsque je lis des avis sur cet auteur mais rien à faire je subis encore le traumatisme de ma lecture imposée à l’école de Voyage au centre de la Terre x). J’ai bien cru que je n’allais pas rejoindre la surface avec ce roman! J’approuve ce choix de gif en passant :p.

    Aimé par 1 personne

    • Ah les lectures trauma d’école… Je crois qu’on pourrait tous en parler pendant des heures. Il y a des auteurs que j’ai volontairement laissés de côté très longtemps après, et parfois (avec un peu de chance), quand on les reprend sans contrainte, la magie opère.

      Aimé par 1 personne

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