Some wounds never heal.

Aujourd’hui, Rosy s’adresse aux âmes déjà pleines de feelgood qui n’auront pas peur de se confronter à la part la plus sombre de l’humanité, puisqu’on va parler nouvelles, avec le dernier recueil de Karine Giebel, D’ombre et de silence. Et si j’ai aimé, je peux aussi dire que ça a été une expérience un chouïa éprouvante. Merci beaucoup aux éditions Belfond qui m’ont permis de découvrir ENFIN Karine Giebel !

Aleyna, une jeune fille française issue d’une famille turque particulièrement conservatrice, doit se plier à un mariage avec un homme qu’elle n’a jamais rencontré. Mais prête à tout pour rester libre et échapper au joug de ses parents et de ses frères, elle s’enfuit pour retrouver son petit-ami.

Aurore, elle, est amoureuse de Maxime, un camarade de classe, et ça n’a rien d’une passade adolescente. Son frère, si différent des autres qu’il en est devenu l’éternel souffre-douleur du lycée, nourrit beaucoup d’angoisse quant à cette relation.

Delphine vit dans un appartement de banlieue misérable au loyer exorbitant avec son fils. Pour y rester, son maigre salaire ne suffit pas, et elle est contrainte d’accepter un « petit arrangement » avec son propriétaire.

Patricia Vernet, responsable d’un service de cardiologie, est enlevée dans un parking. Son ravisseur la contraint à conduire sa propre voiture jusqu’à un vaste château… Visiblement, ce dernier a une idée très précise en tête.

David reconnait un « homme en noir » dans une gare. Il l’a cherché depuis très longtemps, et a une revanche à prendre sur son ancien démon…

Un homme suit une femme en voiture, alors qu’elle vient tout juste de quitter son amant. Il a visiblement été fou d’amour pour elle, mais il ne demeure aujourd’hui qu’un sombre instinct dans le coeur de celui qui compte bien la retrouver.

Virginia a été violée un soir par son patron, le directeur d’un musée où elle a récemment été embauchée. L’homme qui répond au doux nom de François Charmant la menace de lui oter son ultime source de revenu si jamais elle venait à parler. Salie, meurtrie à jamais, la vie ne lui semble plus tenir qu’à un fil.

Enfin, le mari de Juliette, atteinte d’un cancer, assiste à ses derniers instants et se remémore leur amour.

Vous l’aurez aisément compris, ce recueil est très, très sombre et je ne le recommande pas particulièrement à mes petites licornes en période de déprime. Les autres, en revanche, seront sûrement ravis de retrouver la plume de Karine Giebel en format court, ou comme moi, de la découvrir. La première chose à dire, c’est que c’est un exercice qui lui réussit. On ne le répétera jamais assez, écrire une bonne nouvelle, ça n’a rien de facile. Un auteur en parlerait bien moins que moi, mais de mon humble point de vue de lectrice, il suffit d’un rien de bancale pour que ce soit un flop. Peu importe le genre, j’ai l’impression que l’exigence en termes de rythme, d’efficacité et d’intensité est encore plus forte que dans un roman. Avec son style très direct, ses phrases courtes et immédiates, Karine Giebel a bien saisi l’idée et n’a pas peur d’y aller par quatre chemins.

Je m’attendais vraiment à des nouvelles de type « thriller », mais à quelques exceptions près (« J’ai appris le silence », « L’homme en noir »), on se situe vraiment plus du côté de la chronique sociale très sombre. Karine Giebel nous parle avant tout des violences faites aux femmes et de l’oppression masculine, de misère sociale, et du désespoir qui mène aux pires extrémités. (J’avais bien dit que je déconseillais en période de déprime !) Pas de happy end en vue, même si le recueil se ferme malgré tout sur une note de tendresse.

Certains passages sont difficiles, à l’image des sévices de plus en plus terribles que doit subir Delphine pour pouvoir garder son logement dans Ce que les blessures laissent au fond des yeux, la nouvelle la plus longue, et probablement ma préférée. Mais l’autrice y évoque une réalité, celle des annonces « contre services » qui grandissent en même temps que la pauvreté. Le personnage de Delphine, qui en plus de préserver son fils, tient à aider sa voisine en situation irrégulière, m’a énormément touchée.

Au final, ce sont les nouvelles qui tendent plus vers le thriller psychologique qui m’ont laissée plus circonspecte comme L’été se meurt ou L’homme en noir… Mais l’essentiel de ce recueil m’aura joliment marquée. Croyez-moi, après l’avoir ouvert et terminé la première nouvelle, Aleyna, vous aurez probablement besoin de souffler un peu… Mais si lectures qui vous remuent les tripes ne vous effraient pas, ce serait dommage de passer à côté.

Quant à moi, je vais suivre le conseil 2016 de Chaton et me mettre bientôt au Purgatoire des Innocents, pour lequel, parait-il, il faut aussi avoir l’estomac bien accroché.

 

Karine Giebel, D’ombre et de silence, Belfond

5 réflexions sur “Some wounds never heal.

  1. Alors moi qui ne suis pas fana du tout des recueils de nouvelles, là mon petit chat tu as appuyé sur le bouton « curiosité élevée » de ma caboche. D’autant que ça fait un petit moment que je n’ai pas lu du Giebel…
    Si tu comptes lire Purgatoire des Innocents, je te souhaite une bonne lecture. Et bon courage (quoique tu sembles préparée à présent) 😉

    Aimé par 1 personne

    • C’est un genre que j’apprécie depuis peu. C’est marrant parce que je ne vais jamais m’y mettre volontiers, alors que certains recueils ont fini dans le top de mes plus belles lectures. (je pense à Janua Vera de Jaworski, très récemment)

      Et ça me rassure, je croyais faire partie des rares derniers n’ayant jamais lu de Giebel ! xD

      Aimé par 1 personne

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