“To a homeless man, home is literally where the heart is.”

Je mets en pause une très bonne lecture (La Peste) pour vous parler d’une autre très bonne lecture, Prière pour ceux qui ne sont rien de Jerry Wilson, quelques morceaux de vie de SDF du parc de Boise dans l’Idaho. J’adresse un grand merci et une pluie de paillettes aux éditions du Serpent à Plumes pour cette découverte !

Là comme ça, je dirais que ce livre est impossible à résumer. Mais en fait, pour en restituer au mieux l’esprit, c’est de citer l’auteur, dans son introduction :

« Un avertissement : ces histoires ne font pas dans le dentelle. Je ne prends pas de précautions. Mes personnages sont des êtres abîmés par la vie – des dingues, des alcoolos, des paumés, des losers, des clodos et des gardes forestiers. Personne n’assiste à des réunions des Alcooliques Anonymes et n’arrête de boire; personne ne trouve un boulot, ne s’achète une maison ni n’envoie ses enfants à l’université. Personne, bien sûr, ne participe à une troisième mi-temps après un match des Broncos. La plupart de mes personnages survivent un jour après l’autre, se soûlent la gueule, rigolent beaucoup et meurent autour de la cinquantaine. Des douzaines de personnes que j’ai rencontrées pendant les années où j’étais employé par le Département des Parcs municipaux, seulement une poignée est encore en vie. Et pas pour longtemps. »

Jerry Wilson a effectivement bossé comme gardien de parc à Boise, et de ses souvenirs sont nées plusieurs chroniques. Son double dans l’encre et le papier, Swiveller, est un homme-passerelle entre le monde des « honnêtes citoyens » et celui, obscur et invisible des clochards du parc. Etranger, parce qu’il a un boulot, lui. Frère, parce que le dit-boulot consiste à passer le plus clair de son temps auprès d’eux, à ramasser la merde, à discuter, à être le témoin privilégié de ces existences parallèles dont on ignore tout. Il semble que ce curieux équilibriste ne saura jamais, d’ailleurs, tomber tout à fait d’un côté ou de l’autre. Et c’est pour cela qu’il peut raconter.

J’ai aimé chacune de ces chroniques parce qu’elles sont à la fois ultra-réalistes et romanesques, dans la plus pure tradition américaine. Quand il décrit le quotidien cradingue de son boulot, les conditions de (sur)vie improbables des SDF, Swiveller ne nous épargne rien de l’ordure, du froid, de la solitude, de la folie… Et en même temps, ces hommes et ces femmes du parc sont tous des personnages qu’on imagine sortir d’une tête un peu trop fantasque. Je pense au merveilleux Weatherby, Fern & Roy, un vieux couple terrible qui se fait un devoir de faire de la vie de Swiveller un enfer ou encore Rita et ses oiseaux… Et plus j’avançais dans ma lecture, plus cette contradiction me semblait évidente pour parler de cet univers parallèle surréaliste, cruel, drôle aussi et étrangement poétique.

Jerry Wilson ne semble jamais user d’un quelconque artifice afin de susciter l’empathie pour ses personnages irrémédiablement cassés, et pourtant, je vous défie de ne pas avoir le coeur serré en refermant ce livre témoin des souffrances et des rires invisibles…

 

Jerry Wilson, Prière pour ceux qui ne sont rien, Le Serpent à plumes

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