“If you wish to make an apple pie from scratch, you must first invent the universe.”

Mon amour pour l’espace doit être écrit sur ma face. C’est sûrement pour cela que Babelio et les éditions Bayard Jeunesse m’ont proposé de découvrir dans le cadre d’une masse critique privilégiée ce roman atypique à la merveilleuse couverture (sans déconner, suis-je la seule à être de plus en plus bluffée par les rayonnages jeunesse en librairie ?) : See you in the cosmos de Jack Cheng. Un grand merci pour ce road-trip sous les étoiles !

Alex a onze ans mais « treize en âge de responsabilité ». C’est pour ça qu’il est assez grand pour faire à manger à sa maman lorsqu’elle est dans ses jours où elle ne quitte pas la chambre, mais aussi pour prendre le train seul pour se rendre au SHARF, un super congrès de passionnés d’aérospatiale. Il compte bien y lancer sa propre fusée, et à son bord, un Ipod doré sur lequel il s’enregistre afin d’envoyer un peu d’humanité aux extra-terrestres. Avec son chien Carl Sagan, Alex embarque pour une aventure qui pourrait bien l’emmener plus loin que les étoiles.

Qu’on soit branché espace ou pas, il est difficile de résister à ce gosse génial, perspicace et dégourdi, véritable avatar d’un Kevin McCallister (sans méchants à piéger). Sa voix va nous parvenir à travers les fameux enregistrements alors qu’il se prépare pour son premier grand voyage en solo. Depuis le Colorado, il compte rallier le Nouveau-Mexique où se tient un grand rassemblement de passionnés de l’espace. De nombreuses fusées, fabriquées en amateur, seront lancées, et Alex compte bien établir le contact avec les êtres auxquels il s’adresse depuis des mois. Qui sont-ils, ou que sont-ils ? Est-ce qu’ils nous ressemblent ? Peuvent-ils tomber amoureux ? En tentant de définir ses interlocuteurs, c’est tout un pan de son existence qu’il interroge chaque jour aussi.

Mais ses espoirs sont vite douchés. A la gare, un gamin qui prend le train tout seul avec son chien, même s’il a « treize ans en âge de responsabilité », ça ne passe pas inaperçu. Heureusement, un nouvel ami le prend vite sous son aile avant de disparaitre presque aussitôt. Viendront Zed, un genre de spécialiste du développement personnel qui a fait voeu de silence, son colocataire Steve, Terra… C’est le début du doux road-trip d’Alex et d’un voyage initiatique qui commencera avec le lancement raté d’une fusée.

Alex est un optimiste invétéré, c’est encore un enfant, mais au contact de ces adultes et de leur vie aussi magique qu’effrayante parfois, c’est le lecteur qui entrevoie plus clairement la délicate réalité de son quotidien. Cette mère qui est « cool » et qui n’interdit pas grand chose contrairement à celle des copains, un grand frère à Los Angeles qui n’a jamais une minute à lui, une autre absence qui ne semblait pas manquer jusqu’ici… Alex pensait percer les mystères d’autres galaxies, mais ceux du monde adulte ne sont pas moins obscurs et c’est cette petite odyssée qui lui permettra d’en faire l’expérience pour la prochaine fois.

L’idée de l’Ipod doré est copiée sur le Voyager Golden Record, un disque sur lequel un comité d’astrophysiciens présidé par le héros d’Alex, Carl Sagan, avait enregistré tout un tas de sons terrestres à destination du cosmos en 1977 : le chant des baleines, des mots de bienvenue dans toutes les langues, la musique de Chuck Berry… (Ouais, on fait difficilement plus cool.) Le procédé est assez génial parce qu’on ne sait jamais vraiment si Alex s’adresse aux bonshommes verts (#CLICHE) ou aux petites oreilles silencieuses de l’autre côté du livre. Le seul bémol, c’est la forme que prend souvent le texte afin de préciser qui s’exprime à chaque fois, un peu comme au théâtre, et qui avait parfois à freiner mon immersion dans le récit. Je me posais aussi la question de l’accessibilité pour le jeune public…

Enfin vous l’aurez compris, c’est un roman d’une très grande sensibilité, d’une très grande subtilité surtout avec ses différents niveaux de lecture. En tant qu’adulte, j’ai apprécié l’onirisme, les non-dits entre les lignes à travers ces yeux d’enfant, mais j’adorerais offrir ce livre à un.e gosse de onze-douze ans, parce que je pense qu’Alex est typiquement le genre de héros qui m’aurait fait rêver à cet âge.

 

Jack Cheng, See you in the cosmos, Bayard Jeunesse

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