Le parfum des ensaïmadas

C’est moi ou c’est la journée la plus déprimante de l’année ? Non parce qu’ici, il pleut depuis plus d’heures qu’il n’y en a dans une journée quand même… Moi, face à ce genre de dimanche, j’aime opposer mon bouclier ultime à savoir un bon bouquin (j’en ai dévoré un aujourd’hui), un plaid et un tas de trucs bons à manger. En parlant de manger, je connais un livre qui devrait vous mettre l’eau à la bouche, La Vallée des oranges de Béatrice Courtot. Je remercie les éditions Charleston pour cette petite gourmandise !

Sur un chantier à Marseille, des ouvriers trouvent une boite cachée dans le faux plafond d’un vieil hôtel dans laquelle se cachent des objets ayant appartenus à une certaine Magdalena. En remontant la piste de son nom, le service des objets trouvés parvient à contacter Anaïs, son arrière-petite-fille, qui tient une pâtisserie en plein Paris. Accro au boulot, Anaïs décide de s’accorder une petite pause pour la première fois de sa vie et de partir pour Majorque à la recherche de son passé et de cette aïeule qui est à l’origine même de sa passion. C’était elle qui confectionnait ces merveilleuses ensaïmadas et qui faisait la joie de son village, du moins jusqu’à ce que la guerre civile espagnole ne rattrape son petit coin de paradis.

Si je devais garder un seul mot pour résumer ce livre, ce serait « sensualité ». Je l’avais à peine ouvert que les effluves d’orange me montaient aux narines, que je pouvais presque sentir fondre les pâtisseries dans ma bouche…

Mais le talent de Béatrice Courtot pour l’écriture des sens ne s’arrête pas à la nourriture, puisque sous sa plume, c’est une Majorque enchanteresse qui se déploie, qu’on peut voir, toucher, sentir. Le parfum des orangers et des pins, l’eau turquoise, la douce brise qui caresse les visages… On a envie d’embarquer aussitôt pour ce petit paradis terrestre (et c’est une addict des pays du Nord/allergique à la chaleur qui vous parle). C’est peut-être le skill d’écrivain que je respecte le plus, ce pouvoir d’évocation quasi charnel, alors un grand bravo pour ça. Mon petit doigt (pas si petit) me dit que c’est l’une des qualités qui a du sévèrement peser dans la balance pour son Prix du livre romantique.

Mais qu’en est-il de l’histoire ? Deux cent vingt-six pages, pour deux fils narratifs, c’est peu. Vraiment peu. Et c’est probablement ce qui m’a le plus frustrée dans ma lecture, en particulier par rapport à l’histoire de Magdalena, cette jeune pâtissière appelée à voir son petit bonheur tranquille se briser lorsque la guerre civile espagnole rattrape Majorque. Trop d’ellipses m’ont empêchée de savourer cette histoire à sa juste valeur. J’aurais aimé que le contexte de guerre civile soit plus développé, que l’entrée de Magdalena en résistance le soit aussi… On retrouve dans ce roman tout le sel des superbes histoires à la Charleston, mais en version accélérée, d’où LA FRUSTRATION.

Il n’empêche que c’est un roman que je conseille. D’abord parce que c’est un premier roman qui laisse présager de futures pépites. Ensuite parce que l’évasion vaut à elle-seule le détour. Et parce qu’on a le rouleau à pâtisserie qui démange sérieusement après ça (n’y voyez rien de graveleux), surtout avec toutes ces petites recettes traditionnelles disséminées dans le récit. Miam !

 

Béatrice Courtot, La Vallée des oranges, Charleston

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