« I began to wonder why we cuddle some animals and put a fork in others. »

Aujourd’hui, on va parler militantisme, cause animale et dentifrice. Et juré, y a un rapport entre les trois. Vous savez combien la question du spécisme a pris de l’importance dans ma vie… C’est elle qui conditionne aujourd’hui la façon dont je mange, c’est elle aussi qui me conduit à m’interroger de plus en plus sur la façon dont je pourrais m’impliquer pour faire (un petit peu) bouger les choses. Et s’il y a bien un parcours de militant inspirant, c’est celui d’Henry Spira, retracé dans le bien-nommé « Théorie du tube de dentifrice » par Peter Singer. Un énorme merci aux éditions Goutte d’or pour cette lecture !

Et si chacun d’entre nous pouvait changer la société ? Avec Théorie du tube de dentifrice, Peter Singer retrace la vie et les méthodes d’Henry Spira. A lui seul, cet activiste américain a réussi à faire plier McDonald’s, le directeur du FBI ou encore L’Oréal. Son modus operandi : des cibles soigneusement sélectionnées, de l’empathie envers ses ennemis, des propositions alternatives. Et, quand le dialogue ne suffit pas, la confrontation. A la fois biographie et manifeste, ce livre est un shoot d’inspiration pure. (résumé éditeur)

Déjà, pour commencer, j’aimerais vous dire que ce livre intéressera bien sûr toutes les personnes sensibles à la cause animale, mais pas que. A travers le parcours de cet homme (qui était mon héros sans que je le sache encore), ce sont des méthodes ultra pratiques de militantisme qui sont décortiquées et qui sont applicables à toutes les causes. L214 revendique ouvertement la méthode Spira et je crois que l’efficacité de cette asso n’est plus à prouver.

Américain d’origine belge (Henry a fuit l’Europe en 1938 à onze ans avec sa famille), il s’engage dans la marine et se découvre très tôt un besoin viscéral de défendre les droits des plus « faibles » face à l’écrasante domination des plus forts. C’est ce qui va le conduire à intégrer les mouvements syndicalistes, anarchistes et à militer pour la cause afro-américaine.

Mais quel est le symbole ultime de l’oppression massivement intégrée des silencieux ? Probablement le traitement que l’on réserve aux animaux. A quarante-cinq ans, Henry Spira s’apprête à dédier sa vie à la cause animale. Là où les mouvements contre la vivisection enchainaient les échecs depuis des dizaines et des dizaines d’années, lui va, grâce à une pensée militante novatrice, enchainer les victoires.

Le principe ? A partir d’une connaissance pointue de l’opinion publique de son époque (on est dans les années 70, aux Etats-Unis, question cause animale, Henry sait qu’il va ramer), de ses droits d’accès à l’information en tant que citoyen, il va se fixer des objectifs atteignables, réalistes. Et à partir de là, ne jamais lâcher l’affaire.

Certains militants radicaux pourront trouver la démarche tiède mais force est de constater qu’il sera celui qui fera plier les plus grandes marques de cosmétiques sur les tests cruels sur les animaux, limitant drastiquement la souffrance animale. Refusant la pureté idéologique stérile, il choisit de se salir les mains et de travailler parfois main dans la main avec les cibles (industriels, politiques, organisations scientifiques…) qu’il vise. Ainsi, Spira va mettre la pression #chanmé à des monstres réputés inatteignables comme Avon, McDonald’s…

Cette forme de combat ciblé, réaliste et pratique me parle. Et à mon sens, faire quelque chose de concret a au moins autant de valeur que le développement d’une sensibilisation sans compromis. Mieux, ces deux formes de militantisme se complètent. Et elles sont tout aussi radicales.

Henry Spira était profondément anti-spéciste. A ses yeux, la vie d’une souris avait autant de valeur que celle d’un chat. Mais il savait qu’en s’attaquant à une cible évidente, facile, il pourrait braquer la banque. Il savait par exemple qu’il serait difficile pour le Museum d’histoire naturelle de New-York d’argumenter auprès du public autour de son programme d’expérimentation sur les chats. (Pour info, les scientifiques privaient les animaux de leur sens, en les rendant aveugles par exemple, afin d’étudier leur comportement sexuel, sans autre objectif, et le tout était financé par les impots). Limiter la souffrance animale en faisant appel au bon sens. Voila la clef.

Dans ce livre, Peter Singer, un autre grand penseur de la cause animale dont certains cours à l’université ont été suivis par Spira, relate tous ses combats, ses victoires et les difficultés qu’il a rencontrées, mais il nous livre surtout un formidable parcours porteur d’espoir, un véritable guide à l’usage de toutes celles et ceux qui voudraient faire bouger les lignes, pas juste pour la beauté de l’entre-soi… pour de vrai. Comment vous dire qu’on en ressort avec des étoiles dans les yeux ?

 

Peter Singer, Théorie du tube de dentifrice, Goutte d’or

10 réflexions sur “« I began to wonder why we cuddle some animals and put a fork in others. »

  1. La citation que tu as mise en titre reflète exactement le déclic qui m’a fait arrêter de manger de la viande… Même si je ne me suis pas non plus plongée à fond dans le sujet – j’ai juste su que je ne voulais plus en manger.
    Ce parcours semble intéressant, je mets ça dans ma PAL !

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  2. J’ai beaucoup aimé cette lecture, qui soulève des questions cruciales par rapport à la manière dont on peut militer.
    S’il a commandité les choses seul, Henry Spira était tout de même entouré et conseillé, sans compter les coalitions qui faisaient bloc. C’est a priori faux de dire le contraire.
    Je suis tout à fait d’accord qu’il vaut mieux avancer petit à petit, car croire au grand soir et à la révolution est illusoire. Toutefois, Peter Singer semble faire partie de celles et ceux qui prônent la non-violence à tout prix, en toute circonstance, quelle que soit la lutte, la situation historique et géographique. Il me semble que c’est un non-sens, car chaque lutte a des moyens qui lui seront plus adaptés. Je parlerai bientôt de la non-violence sur mon blog, car c’est un sujet essentiel à aborder lorsqu’on devient militant·e.
    http://www.bibliolingus.fr/theorie-du-tube-de-dentifrice-peter-singer-a145095014

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  3. J’avais retenu qu’Henry Spira était trotskyste à la base et pas anarchiste, à moins qu’il soit passé par les deux ? Est-ce que c’est abordé dans l’ouvrage 🙂 ?

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