Le moment venu

Bon, fini de jouer mes licornes, aujourd’hui on parle DU doss 2018, à savoir My absolute darling de Gabriel Tallent, le coup de cœur absolu (loul) d’à peu près 99% des libraires. J’ai lutté longtemps et puis j’ai rendu les armes parce que Gallmeister, parce que premier roman, parce que trop de tentation en somme.

Julia Alveston, dite Turtle, quatorze ans, ne mène pas exactement la vie d’une ado de son âge. Hormis sa présence fugitive au collège, l’ensemble de son existence est conditionnée par les grands espaces, les bois et la côte de son coin du Nord de la Californie, mais aussi par les tous petits, plus étouffants… Élevée par un père obsessionnel, abusif et qui règne en maître sur leur monde étroit, Turtle n’a d’autre horizon que le fusil dont elle prend soin et personne ne peut approcher cette enfant sauvage. Jusqu’à ce qu’elle croise la route de Jacob et Brett, deux jeunes paumés en pleine forêt, et qu’un autre futur devienne soudain possible…

Ahlala… Difficile de parler de « coup de cœur » pour ma part. Pas parce que je n’aurais pas aimé, mais parce que My absolute darling est de ces romans âpres, difficiles, tortueux, qui vous laissent une marque. Une lecture précieuse forcément, mais joliment éprouvante aussi.

Gabriel Tallent nous plonge dans la tête de Turtle, une gosse sauvage élevée selon les principes survivalistes d’un père tout-puissant. Puisque le monde est à bout de souffle et que la fin est pour bientôt, Martin a fait de Julia une experte dans le maniement des armes, un être froid et dur comme la glace. Socialement inadaptée, animée par une haine des femmes qu’on lui a forcément inspirée, Turtle repousse toutes les tentatives d’aide extérieures, professeurs, parents, camarades, qui pressentent que quelque chose cloche à la maison en dépit du charisme et de l’intelligence redoutables du père.

C’est douloureux d’être dans l’esprit de cette gamine qui se hait, qui hait les autres, qui n’aime que la source de toutes ses souffrances et qui nie la puissante terreur qu’elle a fini par apprivoiser. L’auteur nous écrase littéralement sous une littérature du ressassement, sous ces petits rituels immuables, ces phrases  cent fois répétées entre père et fille… Entrer dans ce roman n’est pas aisé, il y a de quoi être vite découragé, mais il est difficile de nier l’habileté de la mise en scène de l’emprisonnement mental de Turtle. Les périodes de répit, véritables respirations pour le lecteur, sont brèves. Mais c’est la force de ce livre qui nous fait littéralement vivre le personnage. A mesure que l’espoir d’émancipation se fait sentir, la plume évolue aussi.

Évoquée dans toute sa complexité et sa brutalité, la nature est aussi le refuge de Turtle. Mais il y a quelque chose du conte cruel, l’idée sourde qu’aucune cachette ne saurait être assez sûre. Toute sa vie la gamine a été préparée, mais à quoi ? On le sait nous, on attend avec angoisse.

« Le moment viendra où ton âme devra être solide et pleine de conviction, et quelle que soit ton envergure, ta rapidité, tu gagneras si tu sais te battre comme un putain d’ange tombé sur terre, avec un coeur absolu et une putain de conviction totale, sans la moindre hésitation, le moindre doute ni la moindre peur, aucune division qui risque de monter une partie de toi-même contre l’autre. Au final, c’est ce que la vie exige de toi. Pas d’avoir une maîtrise technique, mais un côté impitoyable, du courage et une singularité dans tes objectifs. »

 

Gabriel Tallent, My absolute darling, Gallmeister 

6 réflexions sur “Le moment venu

  1. Je crois que c’est la prose qui m’a gênée plus que l’histoire (qui est gratinée, mais ça allait encore).
    – Impossible de visualiser l’environnement, la maison même les gens parfois.
    – Les dialogues m’ont fait penser à du Ionesco tellement ils tombent dans l’Absurdité du langage qui ne veut plus rien dire, jusqu’à être une diarrhée verbale insupportable (avec une héroïne qui ne communique pas ou qui en éprouve des difficultés, ça paraît logique mais bon…) et les dialogues des ados (adorables et drôles) mais qui parlent comme ça ? Quel genre d’ados a ce genre de références culturelles aussi pointues ?
    – Et enfin toutes ces descriptions, cette nature omniprésente (les plantes et moi ça fait 2), ces métaphores qui ont fini par me perdre comme une gamine de 5 ans dans un Leclerc.

    Le bouquin trône encore sur ma table de chevet et je me rends compte que je n’ai aucune envie de le reprendre :/

    Aimé par 1 personne

    • Je comprends complètement. Très rapidement je me suis dit que j’allais abandonner tellement je trouvais le style hermétique mais c’est en constatant que la plume évoluait avec le lent deconditionnement de Turtle que j’ai adhéré. Il reste que comme je l’ai dit, je ne peux pas parler de coup de cœur en partie pour cette raison.
      Et le coup des dialogues un peu surréalistes de Jacob et Brett, perso je l’ai intégré au côté conte de ce roman. En fait, je l’ai plus lu comme une histoire de big bad wolf que comme une histoire ancrée dans le réel. Rien que l’aspect survivaliste, les bois, tout ca sort l’ensemble de la réalité.

      Aimé par 1 personne

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