Vénus

Attention, ALERTE – ALERTE, Rosy vous prie de croire que le roman historique qui suit envoie sévèrement du bois ! (Et pas de la cagette au rabais, nan, on tape plutôt dans le bois d’ébénisterie hein.) Encore merci aux éditions Charleston pour les heures de binge-reading et le cœur serré à la dernière page !

Venise, 1361. Chiara est le joyau qui illumine les ruelles clandestines de la Cité des Doges, un joyau que tous les hommes peuvent s’offrir moyennant quelques pièces. Élevée par des prostituées après que la peste a emporté sa mère, la jeune femme a épousé le même destin, même si tous ses rêves et tous ses espoirs la poussent à fuir. Alors qu’elle économise en secret le moindre sou pour échapper aux griffes de sa souteneuse, la jeune femme ignore qu’en plus hauts lieux, son sort ainsi que celui de ses compagnes d’infortune est déjà scellé. Giovanni Dolfin, le doge de Venise, entend bien faire oublier ses échecs militaires cuisants en mettant la main sur le commerce le plus lucratif qui soit…

Déjà, Emma Mars a remporté tous les like/hourras/that’s my girl que j’avais en réserve quand elle a décidé de donner voix aux prostituées. Parce qu’ici, elles ne sont pas reléguées au second plan, tels de savoureux éléments de décor de nombreux romans historiques/fantasy, mais ce sont elles les héroïnes. L’enjeu crucial de ce roman, c’est elles.

Et pour cause, l’autrice s’est inspirée d’un événement bien réel, celui de la mise en place de la première maison close officielle à Venise au XIVe siècle, et donc de l’encadrement (politique et religieux – ne soyons pas à une hypocrisie près) de la prostitution. Vous avez dit « passionnant » ? Très clairement.

On voudrait les faire taire, on les violente et les vole volontiers, on n’ose admettre à haute voix qu’on les fréquente avec délice la nuit tombée, mais les filles de joie de Venise sont réputées dans tout le pays pour offrir une diversité de charmes sans nulle pareille, au mépris des canons de beauté et de la fausse pudeur. Avec une plume qui fait le grand écart entre gouaille et élégance, Emma Mars restitue à merveille le verbe haut des prostituées, leur sensualité, leur solidarité ou leurs prises de bec au plus bas de l’échelle alors que de sombres décisions sont prises pour elles à leur insu.

Si on découvre d’abord en Chiara une jeune femme qui n’aspire qu’à fuir sa condition, dans un élan aussi égoïste qu’humain, on découvre rapidement que la ville sulfureuse qui l’a vue naître fait partie d’elle, tout comme ses sœurs qu’elle peine à abandonner à un destin qui se dévoile au gré de conversations sur l’oreiller et de bruits de couloirs. Il est à peu près impossible de lâcher ce bouquin une fois qu’on a été happé nous aussi par les manœuvres politiques conjointes du pouvoir et l’Eglise.

Et puis Venise… On y est. Des épidémies de peste aux processions religieuses et aux carnavals qui secouent toute la ville, des guet-appens dans les ruelles sombres aux chambres de passe miteuses… Emma Mars a clairement fait un travail de recherche fouillé, n’hésitant pas à passer directement par l’italien pour nous immerger pleinement dans une période de l’histoire vénitienne, dont, pour ma part, je n’avais jamais entendu parler jusqu’ici.

En fait, ce premier tome a absolument tout ce qu’on demande à un roman historique et c’est bien pour ça que c’est un coup de cœur plein et entier ! On quitte Chiara à regret, et on a hâte de la retrouver dans le second opus à venir, tant la fin annonce une dinguerie de suite.

 

Emma Mars, Castelletto tome 1, Chiara, Charleston

2 réflexions sur “Vénus

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