Eyland

Coucou ! Rosy refait surface après une petite quinzaine de jours off (même si elle ne garantit aucun rythme soutenu avant la rentrée) pour vous parler d’une nouvelle plume islandaise. Vous l’avez peut-être déjà remarqué, en bons petits Sherlock, le post-apo et la dystopie grignotent doucement mais surement du terrain sur les étals de la littérature blanche en librairie (on ne va pas s’en plaindre !) et j’ai envie de dire que Sigrídur Hagalín Björnsdóttir tire le meilleur parti des deux avec son premier roman sobrement intitulé LÎle chez Gaïa.

On n’a pas su déterminer comment ou pourquoi, mais un événement sans précédent s’est produit en Islande : tous les moyens de communication avec le monde ont été coupés. Le président et une partie des ministres en déplacement au moment de l’incident, l’état d’urgence est déclaré et un gouvernement provisoire est formé sous la houlette de la première ministre. On ne peut plus compter sur l’extérieur, il va falloir assurer l’autosuffisance, du moins en attendant que tout revienne à la normale… Politiques et médias travaillent main dans la main, tous les citoyens sont mis à contribution. C’est l’occasion pour l’Islande de réaffirmer sa valeur, de revenir aux traditions ancestrales qui ont forgé la nation. Et sans crier gare, la petite île se referme comme un piège à loup…

On ne va pas se mentir, même si c’est franchement déprimant, la question qui se pose souvent en ce moment c’est « Que va t-il se passer si tel ou tel pays décide franchement de fermer toutes ses frontières à double-tour, de revenir à l’écu et d’enseigner les chants militaires à l’école à des gosses en blouse ? » Oui, c’est aussi précis que cela. Et bien dans son livre, Sigrídur Hagalín Björnsdóttir essaye de l’imaginer. Et on n’a aucune peine à penser que ça puisse se passer EXACTEMENT comme ça.

Ce roman, donc, s’ouvre sur la découverte d’un étrange ermite qui vit au creux d’un fjord avec son troupeau de brebis. Solitude et petite laine au programme, on ignore qui est cet homme mais, dans sa petite bicoque glaciale, il va convoquer ses souvenirs et écrire.

Nous retrouvons vite la civilisation au chapitre suivant, en plein Reykjavík, auprès de Hjalti, journaliste politique de son état, qui va découvrir en même temps que le reste de ses concitoyens que toutes les liaisons avec le reste du monde viennent subitement d’être coupées. Plus de trafic aérien, plus d’Internet, plus de bateaux, plus rien de rien. Souci d’ordre climatique, câbles sous-marins rompus ? On ne sait pas mais tout va forcément revenir à la normale. Le gouvernement provisoire tente d’apaiser les inquiétudes des islandais, des touristes coincés sur l’île. C’est le genre d’épreuve qui resserre les liens d’une communauté. Sauf que le provisoire laisse place au pérenne.

Et là, à travers ce journaliste qui va entretenir des relations très étroites avec le nouveau pouvoir politique en place, on va assister, bien plus lucides que lui, à une profonde mutation de la société islandaise. Retour à l’agriculture et au monde rural pour assurer l’autosuffisance alimentaire, l’effort national qui refait vivre le sentiment d’appartenance au pays… L’Islande d’abord. Et de mesure « inoffensive » en mesure « inoffensive », l’île change. Ceux qui étaient les bienvenus ne le sont plus. Et l’idéal d’un retour à une Islande magnifique des premiers âges en prend un coup…

L’autrice dissèque tous ces mécanismes passablement terrifiants ainsi que les conséquences pratiques, morales, éthiques et sociétales du repli total d’une nation. Il faut certes adhérer au style froid, quasi journalistique, mais le roman ne fait pas non plus l’impasse sur la belle incarnation des différents personnages que l’on va suivre tout au long de l’histoire. J’ai particulièrement aimé le procédé narratif qui veut que le lecteur soit beaucoup moins naïf que le personnage principal. On devine aisément que tout ce qu’accepte Hjalti, en dépit de sa conscience journalistique et politique, ne peut mener qu’à ce moment précis et terrible, où il sera trop tard.

Sigrídur Hagalín Björnsdóttir, L’Île, Gaïa 

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