Les miettes

Je suis ravie de lancer les hostilités (ou d’ouvrir le bal pour les plus pacifiques) de la rentrée littéraire sur le blog avec le premier roman d’Amélie Cordonnier, Trancher, que j’ai pu découvrir grâce à Babelio et aux éditions Flammarion (un grand merci !).

Notre narratrice pensait, après sept années de bonheur conjugal sans nuage, que les démons de son mari s’étaient bel et bien éteints. Mais ce dimanche matin, alors qu’elle lit tranquillement, assise à la même table que les enfants qui font leurs devoirs et qui dessinent, Aurélien balaye d’une phrase assassine tous ses espoirs. Le bonheur tranquille sans les insultes quotidiennes de son époux est révolu. Dans quelques mois, elle aura quarante ans. Une belle deadline pour prendre enfin la décision la plus difficile de toute sa vie.

Trancher pour ses mots à lui, qui jour après jour, blessent, écorchent, pour ne plus laisser grand chose. Et puis Trancher pour sa décision à elle, rester ou partir. Pourquoi on reste quand on est violentée ? Pourquoi, quand partir ? Ce sont les questions que posent ce roman, à travers une figure anonyme, racontée à la deuxième personne, et l’autrice n’aurait pas pu trouver meilleur tour pour faire le grand écart entre histoire intime et récit universel.

Le moment crucial où son mari « rechute », où il lui crache une nouvelle horreur après sept ans de répit et de psychothérapie est le point de départ de ses réminiscences. Qu’est-ce qui l’a conduite à se retrouver là, à cette table, à subir des insultes innommables devant les gosses ? Il y a les raisons évidentes : il est malade, il fait des efforts pour ça, il y a les enfants, toute cette vie à deux… Et puis il y a ce qui échappe au bon sens, parce que c’est une histoire d’amour à la base, et que ces bêtes-là échappent au bon sens :  quand elle est revenue après une première séparation, la détermination qui flanche dès qu’il baisse les armes…

« Tu es revenue. Ou restée ? Finalement tu ne sais plus. Tu aurais pu refaire ta vie, avec un autre, comme on dit. Mais tu as préféré la refaire avec le même. »

Amélie Cordonnier nous raconte une femme qui ignore encore ce que va être sa vie d’ici son anniversaire, qui souffre, qui doute, mais qui a l’intuition que les mots pourraient finir par avoir le même pouvoir funeste que les coups si elle ne reprend pas son destin en main. Au-delà de la justesse et de l’absence de jugement de ce texte, j’ai particulièrement apprécié le sens du détail de l’autrice. Quand elle nous décrit le quotidien de cette « Elle », elle nous plonge dans une bulle. Quand elle est frappée d’immobilisme, quand elle n’arrive plus à se lever de son lit ou qu’elle court et hurle parce que le vide en elle est devenu trop grand, j’étais avec elle. Forcément je l’ai lu d’une traite et forcément, il m’a fait un petit-grand quelque chose au cœur.

 

Amélie Cordonnier, Trancher, Flammarion

3 réflexions sur “Les miettes

  1. Pingback: Ils me font envie, vous les avez lus ! #09 – Les miscellanées d'Usva

  2. Pingback: « Trancher » d’Amélie Cordonnier (Flammarion, 2018) – Les miscellanées d'Usva

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s