Scars

Grâce au #PicaboRiverBookClub, j’ai fait ma toute première découverte de rentrée américaine avec Le Pays des oubliés de Michael Farris Smith, un roman brut qui m’a éblouie par bien des aspects et qui sera dispo en librairie demain ! Un grand merci à Léa et aux éditions Sonatine pour cette lecture.

Au coeur du Delta du Mississippi et de ses airs de bout du monde, Jack Boucher lutte encore un peu contre un cerveau et un corps définitivement cramés par les combats qu’il a menés. S’il tient encore debout, c’est uniquement pour Maryann, sa mère adoptive et le seul être qui ait jamais daigné le protéger. Pris à la gorge par une dette qui pourrait bien lui couter la vie et l’ultime promesse qu’il veut tenir auprès de Maryann, Jack s’apprête à retrouver les vieux démons qui ne l’ont jamais vraiment quittés.

Le Pays des oubliés est noir, mais crépusculaire aussi. Quand j’ai commencé ce roman, j’avais déjà l’impression d’être à la fin, ou du moins qu’elle était toute proche. C’est comme si l’auteur nous avait placé au bord d’un précipice, aux côtés de ses personnages et que le premier élan consistait à sauter. Première impression de lecture inédite et c’était pas pour me déplaire.

Le cadre y est aussi pour beaucoup. Dans ma tête, il y avait des routes sans fin et des étendues de terres désertes, avec de rares étincelles de vie. #TrouDuCulDuMonde Le Pays des oubliés (pour la traduction) porte bien son nom et c’est celui qu’arpente Jack Boucher, ce type arrivé au bout de lui-même et dont la vie se résume à une multitude de combats clandestins sanglants, d’alcool, de drogues et d’éphémères amantes. Il a tellement donné de sa personne qu’il est aujourd’hui terrassé par de violentes migraines menaçant à chaque fois de lui ravir le peu de raison qui lui reste. Mais la maison de Maryann va être saisie s’il n’agit pas, et même si la vieille femme alitée n’est plus capable de le reconnaitre désormais, il a une dette éternelle envers elle. Son autre dette, plus triviale cette fois, est envers Big Momma Sweet. Et comme la tenancière du repère de deal, prostitution, combats illégaux et autres joyeusetés du coin est du genre… rancunier, Jack a plutôt intérêt à se bouger.

Au-delà de cette atmosphère de « This is the end… », la vraie chose qui m’a bluffée dans ce roman, c’est le procédé qu’a choisi l’auteur pour brosser ses personnages. C’est comme s’ils étaient tous racontés par un élément extérieur mais indissociables d’eux. Jack est la somme de ses cicatrices et de ses douleurs, Annette (il vous tarde de la rencontrer), ses tatouages, et Maryann sa maison. Et bizarrement, j’ai eu le sentiment de les connaitre plus intimement encore de cette façon.

Ce n’est pas l’intrigue en soi qui m’a parue originale, mais bien tous ces petits tours de conteur (je pense aussi aux dialogues si habilement glissés dans la narration) auréolés d’une atmosphère brutale d’où se dégage une certaine poésie quand même. Pour tout ça, Le Pays des oubliés est un roman foutrement séduisant qui, je l’espère fera son âpre chemin dans cette rentrée d’hiver.

Michael Farris Smith, Le Pays des oubliés, Sonatine

2 réflexions sur “Scars

  1. Je reconnais là (dans ta description des personnages et de l’écriture) ce que j’avais tant aimé dans « Nulle part sur Terre ». Ce qui me fascine chez cet auteur, ce n’est pas l’histoire qu’il raconte en vrai, mais ses personnages, leur psychologie, et la façon dont on est avec eux .

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s