Ad Augusta Per Angusta

Avec le premier roman de Jean-Baptiste de Froment, Etat de nature, l’uchronie n’a jamais été plus proche de la brulante actualité (je dis « gilet », vous dites « jaune ! ») et si les romans qui tournent autour de la politique ont gentiment tendance à me gonfler d’habitude, il fallait au moins que le réalisme flirte avec l’imaginaire pour me séduire. Dissertons ensemble du pourquoi du comment du pourquoi il vous faut découvrir à votre tour cette étrangeté de la rentrée d’hiver. Un grand merci aux Forges pour ce premier roman !

(déjà parce qu’il y a des footix sur la couverture.)

Dans une France quasi identique à la nôtre, mais pas tout à fait mais presque, Claude est à la tête de la Commanderie, cet organe qui contrôle tous les ministères, et donc l’Etat français. Seul hic, il oeuvre toujours dans l’ombre d’une présidente qu’on appelle « La Vieille », respectée à hauteur du sobriquet qu’on lui a donné. Bien décidé à obtenir la reconnaissance du pouvoir en plus de ce qu’il a déjà, notre homme tente de mettre le plus d’élus dans sa poche. Pour faire plaisir à un ancien puissant, il décide de virer propre et net la toute nouvelle préfète de la Douvre. Réputé jusque là d’un stoïcisme sans pareil, ce département ultra rural oublié de tous va soudain s’animer d’une colère insoupçonnée et porter l’espoir d’un renouveau qu’on n’attendait plus.

Bon déjà, forte de mon 7,5/20 au bac de géo, j’ai eu quelque hésitation quant à la véritable existence de la Douvre. Et pour cause, ça sonne tellement vrai ! (c’est le cas de l’entièreté du bouquin, et c’est pas une bonne nouvelle pour nous.) Ces terres composées de hameaux ont depuis longtemps été oubliées de la République et on y catapulte les jeunes élus pour qu’ils y fassent leurs dents. C’est ainsi que la brillante et pétillante Barbara Vauvert se retrouve préfète, à la différence près qu’elle embrasse réellement le département dès les premières heures de son investiture et qu’à travers elle, la Douvre entraperçoit enfin quelque chose de nouveau.

Face à ce souffle, à cette nouvelle énergie, il y a la politique politicarde, la gestion, le conservatisme qui se cale bien entre deux coussins et Jean-Baptiste de Froment l’a formidablement incarné dans mon personnage préféré : Claude. Ou Claudius l’empereur pour les intimes. S’il possède effectivement le pouvoir, il n’en a pas l’apparence et qui est-ce qui est plus important que cela, au fond ?

« Renouant avec le passé le plus immémorial, il inaugurerait une nouvelle époque de la politique, qui prendrait le parfait contrepied de la précédente où l’on n’avait pensé qu’à faire peuple, à faire proche, à faire comme tout le monde, tant et si bien que ça s’était terminé dans le caniveau, sous les huées et les crachats de la foule. Lui, avec en arrière-plan une bibliothèque bourrée de chefs d’oeuvre universels, saurait rappeler au vulgum pecus son ignorance, il saurait lui faire honte et ainsi le tenir en respect. Les gens ne demandait que cela : être remis à leur place. »

L’auteur nous plonge dans les méandres des ambitions personnelles, des petits et grands compromis qui font le merveilleux monde de Disneyland la politique. Mépris de classe, mysogynie crasse (les femmes sont sans cesse ramenées au corps et j’aurais tant aimé que l’évolution de l’intrigue amène une condamnation encore plus franche de cet état de fait mais tous les personnages, hommes ou femmes, en prennent pour leur grade dans cette histoire.), machinations et coups montés… Tout y passe.

Avec sa plume cynique et cet humour à faire grincer les dents (j’ai adoré l’élégance de ses phrases, cassées parfois par un élan de brutalité ou de trivialité teeeeeellement à propos), Jean-Baptiste de Froment tisse un large écran de fumée nauséabond qui cacherait presque la noblesse de ce qu’on entrevoit parfois : une nature sauvage qui résiste encore, des gens taiseux qui en ont assez, justement, de se taire…

Encore un roman brillant qui justifie cette croyance personnelle : il n’y a que par le truchement de l’imaginaire (même proche de la littérature blanche comme ici) qu’on parvient à parler du réel. ET C’EST TOUT.

Jean-Baptiste de Froment, Etat de nature, Aux forges de Vulcain

2 réflexions sur “Ad Augusta Per Angusta

  1. Merci Rosemary pour cette chronique juste et qui fait sens à mes yeux tant ce sont des sujets qui me touchent. Je voulais partager avec toi et ta communauté une chronique que j’ai écrite et qui s’inspire d’un activiste américain qui à fait beaucoup pour la cause animale et dont nous pourrions tous nous inspirer pour faire évoluer notre monde dans un sens positif pour tout le monde : https://www.bloomingyou.fr/les-10-preceptes-pour-aider-a-changer-le-monde/
    Ton avis me sera précieux. Merci par avance pour ta réponse

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