“Things may come to those who wait, but only the things left by those who hustle.”

En ce moment, j’explore le sud des Etats-Unis sans bouger de mon canap mais avec les images dans la tête tout pareil grâce à mes lectures. Après le Mississippi de Jesmyn Ward, c’est Randy Kennedy qui m’a embarquée dans tout un tas de bagnoles volées (« Allez, grimpe dans la C3 ! ») pour une virée peu commune à travers le Texas et la frontière mexicaine dans Presidio. Merci au Picabo River Book Club, à Léa et aux éditions Delcourt pour la balade !

Nous sommes dans les années 70, au Texas. Troy Falconer n’a pas son pareil lorsqu’il s’agit de tirer une voiture. Il repère, se glisse, s’enfuit et refourgue comme un pro et sans violence depuis le plus jeune âge dans ces bleds du Texas où l’on ne penserait même pas à retirer les clés du contact. Mais aujourd’hui, Troy ne veut plus faire de son talent un gagne-pain et, promettant de ne plus jamais rien posséder, il emprunte les identités, les fringues et bien sûr les bagnoles des autres de motel en motel, telle une ombre insaisissable. Alors qu’est-ce qui le pousse à vouloir aider à tout prix son frère à remettre la main sur le pactole que sa femme lui a dérobé avant de se tirer ? De retour à New Cona où il a grandi, Troy embarque Harlan sur les traces de la fugitive… Un dernier vol de voiture classique sur le parking d’une station service pour entreprendre le voyage ? Ouais… à ceci près qu’ils ont oublié de vérifier qu’ils étaient bien seuls à l’intérieur. Avec l’enlèvement d’une gosse à leur actif, les deux frères risquent bien de déroger à l’obsessionnelle discrétion de Troy cette fois…

Décidément, je vous parlais de road-trip qui ne mène nulle part dans Le Chant des revenants, on en a un autre exemple avec ce premier roman, comme si les auteurs et autrices americain.es avaient trouvé là leur plus belle interprétation des étendues désespérées du Sud.

Tout commence avec une note dans une boite à gant retrouvée par la police. A qui est cette voiture ? On va vite apprendre à ne plus s’intéresser à la réponse, le fait est qu’elle est vraisemblablement passée entre les mains de Troy Falconer, ce type qui a vu plus de bibles dans les tiroirs des tables de chevet des motels que n’en verront jamais de vrais hommes d’église. Obsédé par l’idée de ne rien posséder, Troy emprunte puis abandonne à l’infini, épuisant les routes de l’Etat. Si l’on s’essayait à cartographier ses déplacements avec du fil rouge comme dans les films, on obtiendrait un bordel sans nom, et c’est sans doute à dessein.

En remettant les pieds à New Cona, en retrouvant son frère et la maison où il a grandi qui n’est désormais plus la sienne, Troy se replonge dans ses souvenirs et dans ce Texas ultra-rural. Pas hyper branché par les combines de son frère, Harlan va pourtant accepter son aide après que sa femme l’a dépouillé, et si les motivations de Troy semblent floues au départ, elles vont peu à peu se préciser. Forcément, la mission est compromise lorsqu’ils se rendent compte qu’ils ont soutiré une gamine à sa famille en plus de la voiture. D’autant que la gosse est une jeune mennonite (une communauté chrétienne évangélique dont vous entendrez parler dans ce bouquin) qui ne veut pas rentrer à la maison et exige d’eux qu’ils la conduisent à la frontière mexicaine pour retrouver son père. Faut dire que la situation lui laisse un ou deux moyens de pression…

Randy Kennedy nous emmène au coeur des étendues désertiques de terres épuisées par l’agriculture intensive et le forage, cadre idéal des pérégrinations sans but de Troy. Confrontant ultra réalisme et scènes tout droit sorties d’un bon Tarantino, descriptions naturalistes et rencontres improbables, ce roman a un je-ne-sais-quoi de très cinématographique avec une vraie ambiance. Le style m’a beaucoup plu, avec ces histoires dans l’histoire. On ne sait jamais trop s’il y a une morale à retenir des trucs que nous raconte Troy, mais l’auteur parvient à nous faire une place à chaque fois, sur une banquette de diner, à l’arrière d’un pick-up ou sur le lit d’une chambre de motel anonyme pour les écouter, ces histoires.

Que reste t-il à espérer de ces terres qui semblent déjà avoir été taries et abandonnées depuis une éternité ? Peut-être quelque chose d’aussi simple que les pointes de flèches comanches qu’elle cachent encore… Rien qu’une nouvelle route.

 

Randy Kennedy, Presidio, Delcourt

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