Sur les bords de L’Elbe

Depuis quelques années maintenant, avant de partir en voyage, j’ai un petit rituel, c’est aller en librairie et me dégoter un livre de poche dont l’histoire se passe dans la ville ou le pays que je vais visiter. Comme je n’ai en général pas tellement le temps de lire, ou si peu, en vacances, ça me permet de prolonger le plaisir à l’aéroport et de retour à la maison. Après l’Ecosse de Peter May, j’ai découvert Copenhague en vrai et dans ma tête grâce à Danish Girl de David Ebershoff, qui n’est pas un auteur danois mais qui nous brosse la capitale comme si on y était. En plus ça faisait des luuuuustres (beaucoup de u pour appuyer le fait que ça faisait des luuuuustres) que je voulais découvrir cette histoire récemment adaptée avec Eddie « fantastique » Redmayne.

Nous sommes à mi-chemin entre les années 20 et les années 30 à Copenhague. Einar et Greta (la vraie s’appelait Gerda) Wegener sont deux artistes peintres qui habitent un appartement du centre. Elle a toute l’audace et la beauté ravageuse de son Amérique natale sans le succès qui devrait naturellement aller de pair tandis que ce petit homme frêle et si doux rencontre un vrai succès d’estime avec ses paysages ombrageux. Alors qu’elle doit terminer une commande, le portrait d’une chanteuse d’opéra, et qu’elle n’a aucun modèle sous la main, Greta demande à son mari de l’aider en enfilant des bas, des chaussures et puis une robe aussi. C’est la naissance de Lili. Sous l’œil bienveillant de son épouse, Einar, qui a toujours été différent, laisse de plus en plus la place à Lili, cette jeune femme éthérée et gracieuse qui rêve de tomber amoureuse à son tour…

Entre Copenhague, Paris et Dresde, David Ebershoff nous raconte une histoire inspirée de la vie de Lili Elbe, première femme transsexuelle connue qui eut accès aux opérations chirurgicales de réattribution sexuelle. Je dis inspirée parce qu’il ne faut surtout pas y voir une biographie même si certains éléments sont historiques. Toute l’essence du roman tient dans les sensations et les pensées de deux femmes, Lili et Greta, et d’un homme, Einar, que l’auteur a imaginées et réinventées avec une vraie délicatesse qui m’a touchée dès les premiers mots.

L’auteur s’attache à l’intimité de ce couple atypique bientôt rejoint par une troisième personne qui se faisait attendre depuis toujours. Lorsque la discrète Lili apparait, c’est Einar qui s’évapore peu à peu. J’ai beaucoup aimé la façon dont l’auteur nous raconte ses personnages. Le soulagement de Lili qui peut enfin apparaitre et qui a soif de vivre, chaque jour un peu plus, comme la femme qu’elle est. La force de caractère de Greta, sa fameuse « échine de pionnier », sa prévenance, sa douceur et en même temps la douleur de voir son mariage disparaitre en même temps qu’Einar. La sensibilité rare des hommes qui gravitent autour de ce foyer… C’est un livre qui se lit comme on reçoit une caresse, même dans les passages les plus difficiles, dans ces villes qui sont de véritables écrins mais aussi des personnages du roman (et ça, c’est ma passion). J’ai adoré suivre Lili dans ses déambulations dans les boutiques parisiennes ou dans les grandes avenues de Copenhague, la nuit… de petites échappées qui la conduisent inexorablement vers son indépendance.

Difficile d’imaginer la souffrance liée à la dysphorie ou le soulagement de pouvoir vivre enfin tel.le qu’on a toujours été, mais David Ebershoff nous offre un récit tout en justesse et sans aucun sensationnalisme, comme s’il s’était contenté de donner enfin une voix à des personnages qui ne demandaient qu’à se faire entendre.

C’est juste très beau en fait et lorsque la conclusion approche, on ne voudrait qu’une chose, c’est que le temps s’arrête encore un peu.

 

David Ebershoff, Danish Girl, Libretto

2 réflexions sur “Sur les bords de L’Elbe

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s